Belgique

Le conseil d'administration de Finanpart, structure intermédiaire entre Enodia (ex-Publifin) et Nethys, a décidé mardi de convoquer une assemblée générale extraordinaire de Nethys pour vendredi midi. 

Cette AG permettra de prendre acte de la démission des administrateurs de Nethys, d'en nommer de nouveaux et de demander au nouveau CA la révocation du management actuel de cette filiale, dont Stéphane Moreau. Les administrateurs d'Enodia sont sortis épuisés vers 17h30 mardi de leur interminable conseil d'administration, qui avait débuté à Liège à 09h30. Il avait été suivi d'un CA de Finanpart, les administrateurs des deux structures étant les mêmes.

La réunion a principalement consisté en la présentation des rapports élaborés, à la demande du CA d'Enodia, par le cabinet d'avocats d'affaires Matray et par le consultant financier BDO sur la légalité et la valorisation de la vente en mai de trois filiales de Nethys - Voo, Elicio et Win - sans qu'Enodia n'eût été au courant.

"Le rapport confirme qu'à aucun moment, nous n'avons été informés des ventes" opérées par Nethys, a souligné Jean-Claude Jadot (MR), vice-président d'Enodia. Il explique qu'un problème de mise en concurrence a été pointé pour la vente d'Elicio et Win. "C'est plus complexe pour Voo car une mise en concurrence a bien été opérée."

Muriel Gerkens, administratrice pour Ecolo, avance pour sa part que "les rapports n'ont pas toujours le même regard" que ceux sur lesquels s'est basé le ministre de tutelle wallon pour casser les ventes des trois filiales de Nethys.

"Nous avons eu la confirmation que les actes de vente ont bien été signés et pour y mettre fin, il faudra faire appel à un arsenal juridique", explique-t-elle. Les contrats ne pourront être rompus d'un claquement de doigt. Outre l'annulation de la décision administrative, "le CA de Nethys aura la charge de casser les actes de ventes". Il faudra négocier avec les acquéreurs pour tenter de ne pas payer d'indemnités de dédommagement.

La question centrale se situe finalement sur l'information d'Enodia à propos de ces ventes, a analysé Julien Vandeburie, administrateur Ecolo. Nethys n'a pas demandé d'avis conforme à sa maison-mère et le management considère qu'il n'était pas tenu de le faire car il n'était pas encore lié au décret de gouvernance wallon.

Muriel Targnion (PS), présidente d'Enodia, confirme qu'elle n'avait pas eu connaissance "de manière formelle des offres liantes". "La tutelle (du gouvernement wallon, NDLR) avait demandé de vendre rapidement. Nous savions tous avec qui Nethys discutait mais nous ignorions" que les choix avaient été posés.

Elle a balayé d'un revers de la main les accusations selon lesquelles elle ferait traîner les choses, dans le but de protéger le management actuel de Nethys. "Je n'ai pas fait traîner les choses en choisissant d'organiser le CA mardi à 9h00 au lieu de lundi à 21h00", s'est-elle exclamée, dans une rare prise de parole médiatique à propos de cette affaire. "Nous aurions eu fini à 3 ou 4h00 du matin si j'avais choisi le lundi", a-t-elle pointé.

Elle a envoyé à la presse les deux rapports débattus ce mardi, "dans un souci de transparence et parce qu'ils offrent un autre éclairage sur ce qui a été dit jusqu'à présent", a-t-elle affirmé. Le rapport du cabinet Matray conclut en effet que les objectifs de conservation de l'emploi liégeois ont à chaque fois été pris en considération et que si une mise en concurrence n'a pas été effectuée pour la vente d'Elicio et de Win, Nethys n'y était pas forcément tenue.

A propos des éventuels conflits d'intérêts, Muriel Gerkens a décodé la situation de la manière suivante, à la sortie du CA: "si l'on ne considère que le code des sociétés, cela n'a pas de sens mais si l'on prend en compte que Nethys est une société à participation publique, alors il peut y avoir une prise illégale d'intérêts".

Il a été demandé aux experts de mieux prendre en compte ces aspects et ils seront réentendus jeudi, lors d'un CA d'Enodia.

L'AG extraordinaire devrait se tenir vendredi à midi - Finanpart détient 99% des parts de Nethys et doit dès lors attendre la réponse du seul autre actionnaire. Elle sera suivie d'un conseil d'administration commun à Enodia et Nethys afin d'examiner comment donner suite à l'annulation des actes de vente par la tutelle wallonne.