Grièvement blessé à moto, Maxence Berote est coincé à 9.000 km de sa ville de Wépion. Son assurance refuse de le rapatrier.

Le 15 janvier, en soirée, Maxence Berote, moniteur de plongée namurois de 29 ans, est en voyage en Thaïlande. Un ami le raccompagne chez lui à moto. Sur une flaque d’huile, le pilote perd le contrôle et dérape. Les deux occupants sont éjectés. Maxence en payera un lourd prix.

Le lendemain des faits, son frère Jordane reçoit un troublant SMS d’un numéro inconnu et thaïlandais. "Le message disait ‘votre frère a eu des problèmes’. J’ai d’abord pensé à une arnaque mais j’ai quand même appelé mon frère pour savoir ce qui se passait. Une Thaïlandaise répond dans un anglais plus qu’approximatif. Je m’inquiète, Maxence ne donnait jamais son GSM à personne" , se souvient Jordane. "Elle ne disait que ‘bad accident, bad accident !’ " , poursuit la maman de Maxence, Fatima. "J’ai recontacté le numéro thaïlandais. Un homme m’a expliqué, en Français, ce qui était arrivé à mon frère Maxence" , continue-t-il la voix chevrotante.

À plus de 9.000 km de Wépion, Maxence se réveille après trois jours de coma. Il se trouve dans un petit hôpital public de Chiang Mai, ville touristique au nord de la Thaïlande. Il est bloqué dans un corset. Il a 40 °C de fièvre, il fait chaud, humide. Dans sa chambre, des insectes rampent. Lui, coincé dans son lit, ne se souvient de rien.

"Quand je l’ai eu au téléphone, il a bafouillé : ‘Aide-moi, je ne peux rien faire’. C’est la première fois que mon frère me demande de l’aide, il est d’une nature autonome et aime se débrouiller seul."

"Il a une entaille de treize centimètres à l’arrière du crâne, de l’oreille droite à l’oreille gauche" , décrit Jordane, avec peine. Le bilan est lourd : Maxence souffre de deux fractures aux vertèbres cervicales (C5 et C6) d’une fracture dorsale (D10), d’une plaie au fessier longue de dix centimètres, d’un arrachement presque complet du pied gauche avec une disparition totale des ligaments de la cheville, une épaule cassée, de brûlures au deuxième et troisième degrés sur les bras, les jambes et une partie du visage.

Jordane a contacté son assurance, Ethias, le lendemain, pour prendre en charge le problème. Cette dernière a refusé ( lire ci-contre ). Le jeune homme fait alors son possible pour au moins déplacer son frère jusqu’à un hôpital privé, où des soins de qualité lui seront dispensés. "Le laisser dans le premier hôpital ou dans la rue c’était la même chose, il allait mourir s’il y restait. Quand il est arrivé dans la clinique privée, ils nous ont dit qu’il avait de multiples infections, dont une au crâne. Ils l’ont opéré trois fois, déjà."

Maxence doit encore subir plusieurs opérations au pied. Pour cela il doit être rapatrié. "À cause de ses vertèbres, il ne peut être transporté en ambulance. Le rapatriement de Chiang Mai à Bangkok, c’est 12.000 € pour une heure d’avion. Pour le ramener en Belgique c’est encore plus, il faut bloquer dix places dans un avion" , poursuit le frère, emprunté, perdu.

Le jeune Belge est désormais bien soigné, mais les hôpitaux privés sont excessivement chers. "Chaque jour, on nous facture 850 €. Pour opérer son pied sur place, ce que nous ne voulons pas, c’est 7.000 €" , énumèrent-ils désespérés. Au total les frais pour ramener Maxence en Belgique s’élèvent à 70.000 €. Somme que la famille de Maxence n’a pas.


Une solidarité salutaire venue de la toile

Contrairement aux institutions, les "petites gens" ont décidé d’aider Maxence.

Quand Ethias a refusé de prendre en charge les frais de santé de Maxence, Fatima et Jordane ont essayé par tous les moyens de trouver un peu d’aide. "Nous avons contacté notre mutuelle, mais elle ‘ne peut rien faire’ . Nous avons joint l’ambassade, mais ils n’ont pas le budget. Nous avons ensuite essayé auprès du CPAS, qui n’est pas compétent hors de Belgique. Ensuite, on a joint la Croix- Rouge, Médecins sans frontières, l’armée…"

À les écouter, personne n’a de moyens pour aider cette famille namuroise : aucune association, aucune assurance, aucune instance publique. "On a été laissé à notre propre sort. Nous sommes deux. Personne n’a voulu nous aider."

À l’ambassade belge , ils ont répondu : "Vous devriez faire un crédit." Jordane a essayé mais dans leur situation : "Une maison à rembourser, un emploi peu rémunéré, les banques ne prêtent pas 70.000 € si facilement."

"J’ai écrit à la Reine. ‘Elle est maman, elle va peut-être me comprendre’ , me suis-je dit. Je n’ai jamais eu de réponse" , raconte Fatima.

Déroutée par ce manque de considération et de soutien de la part des ONG, de l’État belge et des assurances, la famille de Maxence a décidé de lancer une levée de fonds.

Véritable bouteille à la mer, ce Crowdfunding a, en quelques jours, rapportés plus que toutes les autres démarches. "7.000 euros ont déjà été promis. C’est fou de se dire que ce sont les petites gens, le peuple qui arrive à peine à joindre les deux bouts, qui aident au lieu de ces grosses institutions." Preuve s’il en fallait encore une de la générosité des Belges. L’histoire fait boule de neige sur la Toile, le site a déjà été partagé des milliers de fois.

Aider Maxence

http://www.leetchi.com/c/solidarite-de-maxence-16661159

Il reste 40 jours pour sauver la Famille Berote.


"Ethias nous a abandonnés !"

L’assistance couvrait ses 90 premiers jours en Thaïlande, elle a arrêté de couvrir Maxence, sans prévenir, 2 semaines avant le drame.

Cliente de l’assurance Ethias depuis plusieurs années, "à peu près vingt ans" , selon Fatima, la maman de Maxence, la famille Berote a pris contact avec la compagnie lorsque la terrible nouvelle leur est parvenue. "Nous avons deux assurances de voiture, notre responsabilité civile, notre assurance habitation et des assurances voyage" , détaille la mère, fatiguée, désemparée.

Par courrier, Ethias Assistance répond à la famille, alors encore paniquée par la nouvelle : "Le client est arrivé en Thaïlande le 3 octobre 2016, la police d’assurance couvre uniquement les séjours de 90 maximum, le dernier jour de cette période était le 31 décembre 2016. L’accident s’est déroulé après cette date, le client n’est pas assuré pour les blessures liées à ce nouvel accident de moto."

Abasourdis, Jordane et Fatima ne comprennent pas les raisons de ce refus. "En fait, Maxence avait déjà eu un petit accident en Thaïlande, il y a trois mois, il s’était blessé au pied, il avait contacté l’assurance qui lui avait proposé un rapatriement ce qu’il a refusé, il devait rester là-bas."

À cause de ce premier accrochage, l’assurance prétend donc que le jeune n’est plus couvert et qu’il le savait. "Jamais, nous avons été prévenus que s’il lui arrivait encore quelque chose, passé trois mois, il ne serait pas couvert. Sinon nous aurions fait les démarches. Ethias nous a abandonnés." Maintenant, il est trop tard, l’assurance se refuse à toute aide.

"Quand on a demandé à Ethias pour un rapatriement, ils nous ont répondu sans même avoir consulté un dossier médical, sans même connaître l’état de Maxence. Ils ont estimé de but en blanc que c’était 55.000 euros… Donc, en plus de nous envoyer sur les roses, ils n’en ont rien à foutre et ne nous aident même pas" , déplore Jordane.

Tout est stipulé dans les contrats d’assurance que vous avez contractés, a répondu Ethias. Ces contrats que Fatima a signés, il y a déjà quelques années, contiennent des dizaines de clauses minuscules écrites dans un langage administratif parfaitement opaque. Légalement, Ethias a plus que probablement raison. Moralement, c’est lamentable. Nous avons tenté de joindre l’assureur à plusieurs reprises, nos appels sont restés sans réponse.

© D.R.