Polémique entre Philippe Moureaux et Hervé Jamar

BRUXELLES «Ça sert à quoi qu'on nous charge de faire des contrôles si ce n'est pas pour nous en donner les moyens?» A l'autre bout du fil, la voix de l'agent est dépitée. La veille, mercredi soir, un contrôle de phone-shops était en cours, à Molenbeek, dans le cadre de l'opération Tam-Tam 6 qui visait également Charleroi, Liège, Gand et Courtrai. Mais à Molenbeek, il a été arrêté, suite à l'arrivée sur place du bourgmestre, Philippe Moureaux (PS).

Ce dernier confirme, mais recadre. «Je n'ai jamais demandé qu'on arrête le contrôle en cours. C'est mon chef de corps qui l'a fait. Je remontais en voiture lorsque j'ai vu un rassemblement policier énorme. Il y avait la canine, la brigade antibanditisme, deux combis... La totale, quoi. Je me renseigne, et on m'informe du contrôle en cours. J'appelle mon chef de corps, qui tombe des nues. Il a tout annulé.»

«Je ne remets pas en cause ces opérations», insiste M. Moureaux. «Elles sont utiles. Mais elles doivent tout de même respecter une règle de proportionnalité. Mercredi soir, des attroupements étaient en train de se former. Créer le désordre dans les quartiers n'est pas le rôle de la police, que je sache! Je me pose quelques questions sur les responsables de ces opérations.»

Et la réciproque est vraie. «L'intervention qui a été opérée à Molenbeek et qui a eu pour effet de stopper le contrôle en cours était malheureuse et inadaptée», fustige le secrétaire d'Etat aux Finances, Hervé Jamar (MR), qui coordonne les opérations Tam-Tam associant plusieurs départements ministériels.

Il rejette l'argument d'un excès de forces de l'ordre. «Par le passé, les inspecteurs ont déjà été chahutés. Certains ont reçu des oeufs. La présence de la police est indispensable pour les protéger et leur permettre d'exercer leur mission en toute sécurité. A ma connaissance, mercredi soir, tout était calme dans le quartier. Je ne comprends donc pas la motivation des interventions. D'autant que ces opérations donnent des résultats plus que probants.»

Mercredi, dans les 5 villes concernées, 111 magasins (essentiellement des phone-shops et des night-shops) ont été visités. Au final, 22 ont été fermés, dont 15 sur la zone de police de Bruxelles-Nord (Schaerbeek, Saint-Josse et Evere). 51 arrestations administratives et 1 arrestation judiciaire ont été opérées. Dans plus de 90% des cas, des fraudes fiscales ont été mises au jour.

© La Dernière Heure 2005