La compagnie irlandaise Ryanair a annoncé mardi ne pas vouloir investir davantage à Brussels Airport tant que le problème des nuisances sonores générées par l'aéroport n'est pas réglé. S'il n'y aura pas de coupes dans l'offre pour le moment, l'été prochain ne verra pas de nouvelles routes voir le jour dans la capitale bruxelloise. "Nous ne pouvons pas prendre de risque aussi longtemps qu'une solution n'est pas trouvée", insiste Michael O'Leary, le CEO de la compagnie, présente à Charleroi et Zaventem. Plusieurs nouvelles routes ont été annoncées pour l'hiver prochain à l'aéroport wallon: Eilat (Israël), Lisbonne (Portugal), Naples (Italie), Plovdiv et Varna (Bulgarie) et Wroclaw (Pologne), pour un total de 69 lignes et de 6 millions de passagers transportés en 2016. "Certaines auraient dû aller à Brussels Airport mais nous avons choisi de ne pas procéder de la sorte à cause de ces amendes ridicules et d'une loi stupide! ", explique, dans son style typique, Michael O'Leary.

La compagnie low-cost, qui représente environ 6.500 emplois en Belgique (4.500 à Charleroi et 2.000 à Zaventem), souligne que ces amendes ne sont pas économiquement viables sur le long terme. Il est difficile de travailler lorsqu'on risque une amende de 6.000 euros alors que faire voler un avion lui rapporte moins, illustre-t-elle.

Elle pointe particulièrement les appareils décollant entre 6h00 et 7h00 et ne comprend pas que les nuisances causées durant cette heure puissent poser problème, même durant le week-end. "Les gens sont souvent réveillés ou travaillent déjà à cette heure-là, non? Ce n'est pas insensé? ", s'interroge le CEO de Ryanair.

Les 14 liaisons au départ de Brussels Airport sont pour le moment maintenues. Elles ont toutes été déplacées au-delà de 7h00. "Mais si la situation n'est pas réglée d'ici fin mars, cela aura un véritable impact car il n'y aura pas assez de places pour tous les vols après 7h00", prévient Michael O'Leary, qui rappelle en outre les conséquences importantes des attentats du 22 mars sur le secteur et sur l'économie belge dans son ensemble (un milliard d'euros).

Ryanair, première compagnie aérienne en Belgique avec une part de marché de 28% et 96 lignes au total, n'entend pas écoper d'amendes, qu'elle s'engage toutefois à payer le cas échéant. Elle a déjà investi dans des avions dont le bruit causé a été réduit de 93%. Pour "limiter la casse", elle supprimera dès lors les vols qui posent problème. Et les rivaux de la compagnie en feront probablement de même, pense le CEO, citant TUIfly, Thomas Cook ou Brussels Airlines. Selon lui, cette dernière dispose de vieux appareils plus bruyants et pâtira le plus des amendes.

"Nous avons besoin de deux aéroports forts en Belgique", insiste encore Michael O'Leary. Pour lui, si aucune issue positive ne se dégage dans ce dossier, cela sera préjudiciable à la fois pour l'emploi - qui n'est pas menacé pour le moment, assure-t-on - et l'aéroport bruxellois, qui perdra de la capacité et du trafic. Plus largement, l'impact sera conséquent pour l'économie belge, prédit Michael O'Leary, qui doit rencontrer mardi soir des représentants de Brussels Airport.

Il a en effet une proposition à leur faire afin d'augmenter le nombre de passagers de Ryanair d'un million à Zaventem, alors qu'elle y en transporte déjà 2,6 millions. Cela signifierait y faire transiter et baser davantage d'avions mais cela ne peut se faire dans le contexte actuel.

Pour autant, le CEO ne compte pas abandonner Brussels Airport et est même déterminé à renforcer la concurrence avec Brussels Airlines, dont il a qualifié la reprise par le groupe Lufthansa de "mauvaise pour les consommateurs car Lufthansa vole les clients". Il ne prévoit pas de croissance pour la compagnie belge, au contraire de ses tarifs, a-t-il encore lancé à leur adresse.