La décision n'avait pas été prise à l'avance, a assuré jeudi la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder, en commission de la Chambre. "La pression constante et la nécessité d'améliorer à court terme le fonctionnement du SGRS semblaient lourds à porter et faisaient en sorte qu'il était difficile pour le général d'apporter les changements nécessaires au fonctionnement du SGRS dans des circonstances sereines", a-t-elle expliqué.

"L'objectif n'était pas de rejeter la responsabilité de ce qui s'est passé sur quelqu'un d'autre ou d'accuser quelqu'un d'une faute commise", a-t-elle ajouté. "C'est une question de trois parties qui, en concertation, à un certain moment comprennent et arrivent à la conclusion qu'il n'y a pas de base pour poursuivre la collaboration".

La Défense a fait part de l'éviction de M. Boucké du service de renseignement militaire vendredi passé au lendemain d'une réunion associant la ministre et le général. L'annonce a suscité la réaction de plusieurs hauts gradés de l'armée qui ont déploré la décision et exprimé leur soutien à M. Boucké. Dans l'opposition, certains députés ont aussi exprimé leur surprise. Le mercredi, le général avait été entendu par la commission et avait paru déterminé à poursuivre sa tâche à la tête du SGRS. La ministre elle-même s'est dite "positivement étonnée" car cette attitude tranchait avec ce qu'elle avait pu constater auparavant.

A entendre Mme Dedonder, cette détermination n'a toutefois guère duré. "Quelle ne fut dès lors pas ma surprise, le soir même, lorsque le CHOD m'a contactée pour me faire part de son échange avec le général Boucké à l'issue de la commission. Il m'a fait part du fait que Philippe Boucké ne souhaitait pas poursuivre sa collaboration à la tête de ce service et il me suggérait de discuter avec lui", a-t-elle expliqué.

Au cours de la réunion avec M. Boucké, la ministre a fait part de son "étonnement" face à l'absence de décisions et des questions qu'elle s'était posées pour l'avenir: pression subie dans cette affaire, mise en œuvre active de la réforme, nécessité de travailler en confiance, sur des bases saines et sereines, nécessité de renforcer le personnel. Les questions ont été discutées "longuement". Ensuite, "de commun accord" avec le CHOD, Michel Hofman, "nous avons décidé, dans le respect de chacun, pour le bien du service et son avenir, de remplacer le général Boucké à la tête de ce service", a souligné la ministre.

A la suite de l'affaire Conings, des rapports ont mis en évidence des manquements récurrents dans le chef du SGRS. Dans ses explications devant le parlement, la ministre a aussi mis en évidence certains "manquements en termes de communications" à plusieurs reprises dans le chef du général Boucké. Elle a ainsi dû attendre le 21 mai, quatre jours après le déclenchement de l'affaire Conings, pour apprendre que le patron du renseignement militaire n'avait jamais été mis au courant par son service du classement au niveau 3 de la menace du militaire d'extrême-droite.

Les explications ont laissé l'opposition perplexe. "Ça ressemble à un conte de fées. En réalité, la confiance avec vous était rompue depuis longtemps. Le général Boucké savait que la guillotine était montée et il a préféré trouver une porte de sortie conforme à son honneur", a affirmé Georges Dallemagne (cdH). Pour les nationalistes flamands, la responsabilité de la ministre est engagée dans ce dossier. Dans la majorité, des députés comme Jasper Pillen (Open Vld) ont insisté sur la nécessité de rétablir la confiance avec l'état-major après cet épisode et les réactions exprimées au sein de l'armée.

Mercredi, la ministre a rencontré plusieurs généraux à l'occasion de la Fête nationale. "Ces généraux m'ont réitéré leur soutien. Ils ne me visaient pas personnellement mais la politique de désinvestissement depuis plusieurs années. Hier, je n'ai pas ressenti d'animosité des gens avec qui j'ai parlé", a affirmé Mme Dedonder.