À l'approche du Comité de concertation de ce vendredi, la pression se fait de plus en plus forte sur les autorités, car la motivation des Belges à suivre les règles sanitaires semble diminuer. En outre, le beau temps les pousse à sortir et à se rassembler, comme on a pu le constater ces derniers jours au Bois de la Cambre ou dans le parc de la Boverie à Liège, par exemple. 

Mais ces comportements de milliers de personnes vont-ils pousser les autorités à entamer un déconfinement? "Je comprends que les gens veulent sortir, surtout avec cette météo. Ils en ont marre. Mais quand on regarde les chiffres, on voit que plusieurs indicateurs se détériorent depuis la semaine passée, notamment les taux de positivité et de rebond. Ça doit attirer notre attention", a réagi Herman Goossens ce jeudi matin sur La Première. 

Le microbiologiste de l'Université d'Anvers ne veut pas être alarmiste, mais il se réunit régulièrement avec des confrères qui modélisent la situation épidémiologique en Belgique et ils observent une même tendance dans tous ces modèles. "Ils vont tous dans le même sens, il peut y avoir une troisième vague", a expliqué Herman Goossens, précisant que c'était le variant britannique du coronavirus qui causait le plus d'inquiétude. "Bien sûr, on peut dire que ces modèles sont faux, ce ne sont que des trajectoires, mais nous sommes inquiets tout de même", a encore ajouté le scientifique.

Montrer à la population ce qu'il pourrait se passer 

Herman Goossens soutient que la population doit avoir accès à ce genre de projections et, dans ce sens, il approuve la conférence de presse "surprise" donnée par Alexander De Croo en début de semaine. "Il faut montrer les différentes menaces à la population. C'est important d'expliquer ce qu'il pourrait se passer si on assouplit les mesures trop vite. On aurait d'ailleurs dû faire cette communication plus tôt". Pour le microbiologiste, ces schémas, rapports et autres travaux d'experts ne doivent pas être secrets.

Mais le risque n'est-il pas de faire peur à la population en dévoilant ces modèles inquiétants? Pour Herman Goossens, le risque se trouve surtout dans le fait de ne pas donner de perspective à la population. "Le drame, c’est qu’on doit encore repousser la ligne d’arrivée", ce moment où on en aura presque fini avec les restrictions sanitaires, a-t-il expliqué, avant de préciser l'état de la situation sanitaire en Belgique. "Il y a deux courbes liées au coronavirus en ce moment: celle du variant classique, et celle du variant britannique. Ce qui fait peur, c'est qu'à un moment, certainement vers mars, les deux courbes vont se croiser, ce qui veut dire que le variant britannique va devenir dominant". Si le variant britannique n'était pas apparu, les choses se seraient déroulées autrement, et des assouplissements auraient pu être appliqués plus tôt. "Mais le risque est trop gros aujourd'hui pour assouplir", a regretté Herman Goossens, qui pense que les nouvelles hospitalisations pourraient encore augmenter pendant plusieurs semaines. Il a insisté sur la patience: "Il faut encore tenir pour éviter une troisième vague".

Pourtant, le microbiologiste n'est pas pessimiste sur la suite des événements. Il se réjouit d'initiatives prises en Belgique pour tenter de remotiver la population. Lui qui fait partie de la Task Force Testing pense que notre capacité de test n'est pas encore exploitée à son maximum, mais qu'elle est donc grande assez que pour permettre de lutter contre la propagation du Covid. "Mais ça ne suffit pas", a-t-il précisé, revenant sur le lancement d'une "grande campagne de motivation" dans les écoles du pays, pour renforcer le bien-être et le moral du corps enseignant et des élèves. Ce qu'il souhaite également, c'est que les secteurs en difficulté proposent des initiatives, de projets pilotes pour permettre leur réouverture, ou du moins des tests pour voir si cela serait possible. "Je suis de très près ce qu'il se passe aux Pays-Bas, et les expériences qui sont réalisées sont proposées par les secteurs".