Le ministre wallon du Budget, Jean-Luc Crucke (MR) va-t-il démissionner ? C’est en tout cas une possibilité si on s’en tient aux propos tenus par celui-ci au début de la séance de la commission du Budget du Parlement wallon, lundi après-midi. Alors que René Collin (CDH), président de la commission, annonçait le report d’un texte fiscal porté par Jean-Luc Crucke et validé par le gouvernement wallon (PS-MR-Ecolo) en troisième et dernière lecture, en juillet dernier, le ministre a demandé la parole.

Manifestement, cette décision est le fruit d’un “accord avec le ministre-Président (NdlR : Elio Di Rupo, PS). Il ne s’agit pas d’une décision personnelle mais il y a un accord et j’ai pour habitude de respecter les accords”. Jean-Luc Crucke a ensuite déploré ce report : “C’est un échec parce que j’ai porté ce texte depuis le début et je ne suis pas parvenu à le faire aboutir à quelques encablures de la ligne d’arrivée.”

Mais c’est surtout les dernières phrases prononcées lors de son intervention qui posent question sur la suite que donnera le Hennuyer à sa carrière ministérielle. “Je saurai en tirer les conclusions le moment venu mais je considère que la priorité du jour et de cette fin d’année est de doter la Wallonie d’un budget.” Il s’est cependant bien gardé de préciser quelles seraient ces conclusions. Si on prend Jean-Luc Crucke au mot, il les tirera après le vote du budget par le Parlement wallon lors de la séance plénière du mercredi 15 décembre.

Pour rappel, le décret fiscal par qui le scandale arrive, devait permettre “de lutter plus efficacement contre des pratiques destinées à échapper et/ou à contourner certains impôts, pratiques qui reportent sur l’ensemble de la société le poids de la non-contribution de certains acteurs”, expliquait en juillet dernier, à La Libre, le ministre wallon du Budget. Il prévoyait notamment de créer une procédure fiscale spécifique pour lutter contre la fraude. D’autres mesures concernaient les véhicules utilitaires, les donations, les droits de succession et les droits d’enregistrement.

Des députés MR se sont émus

À la lumière de ce qui s’est déroulé, lundi en commission du Budget, on pourrait aussi en déduire que les deux autres partenaires qui composent le gouvernement wallon, à savoir le PS et Ecolo, ont bloqué le texte de leur collègue Crucke. Eh bien non, c’est un conflit intra-MR qui est la base de ce retrait. Plusieurs députés se sont, en interne, émus de certaines mesures du décret, et si le texte n’avait pas été reporté, des députés libéraux se seraient vus contraints de voter contre un texte déposé par un ministre… MR. Du presque jamais-vu dans l’histoire du Parlement wallon.

Du côté du parti, où on ne veut pas faire de cette affaire une histoire de personnes, on souhaite “une révision plus globale de la fiscalité et ne pas agir de façon isolée. Et ce, en vue de rendre de l’oxygène aux classes moyennes. Enfin, il est important d’attendre les résultats du budget base zéro, lancé très justement par Jean-Luc, pour connaître les besoins réels de la Wallonie après un véritable et profond travail d’analyse et d’allégement de nos dépenses”. En un mot comme en cent, pour le parti, ce décret, pourtant validé par les autres ministres MR du gouvernement, Willy Borsus et Valérie De Bue, est donc mort et enterré.

Est-ce un désaveu pour Jean-Luc Crucke ? Oui, sans doute. Se laissera-t-il faire et ira-t-il jusqu’à démissionner dans quelques jours ? Peut-être. Il est connu pour avoir déjà menacé de le faire, mais jamais publiquement jusqu’ici. Une nouvelle guerre interne va-t-elle éclater au sein du parti ? On ne peut pas tout à fait l’exclure. Il serait en tout cas intéressant de savoir ce qu’en pense officiellement le reste du gouvernement wallon qui, pour l’heure, joue la carte de la discrétion en essayant de régler ça en interne. Néanmoins, il faut quand même préciser que l’annonce faite par Jean-Luc Crucke en début de commission, a surpris tout le monde. Même Elio Di Rupo qui en a pourtant vu d’autres.