Entre le 20 et le 26 mars, 4.751 nouvelles contaminations au Sars-CoV-2 ont été dépistées en moyenne par jour, en hausse de 17% par rapport à la semaine précédente, selon les chiffres de l'Institut de santé publique Sciensano mis à jour mardi matin. Hier le biostatisticien Geert Molenberghs soulignait également une tendance positive dans l'évolution de l'épidémie en Belgique: "La vague s'est progressivement atténuée", a-t-il annoncé, "Si cette tendance se poursuit, nous atteindrons le pic aux alentours du week-end."

L'occasion pour Yves Van Laethem et Steven Van Gucht de répondre à cette question et de faire le point sur l'épidémie dans leur point presse.

"Les chiffres sont dans le rouge" a commencé Yves Van Laethem, inquiet. Avant ensuite de tempérer son propos. "Cependant, il n'y a pas que des mauvaises nouvelles car le nombre d'infections augmente plus lentement. Nous pouvons donc espérer une baisse des hospitalisations par la suite."

"Nous avons une dizaines de jours pour modifier les courbes"

L'occupation des lits en soins intensifs est le sujet le plus inquiétant pour le porte-parole. Actuellement, 739 patients occupent ces lits. "Cela fait maintenant cinq semaines consécutives que les chiffres s'accumulent vers le haut. A ce rythme, on pourrait atteindre le seuil critique des 1000 lits occupés dès le 10 avril. Cela nous laisse une dizaine de jours pour modifier les courbes. Et surtout aider notre système hospitalier à éviter la surpopulation."


En ce qui concerne les admissions à l'hôpital, les courbes continuent d'augmenter. Avec 241 admissions par jour en moyenne lors de la semaine dernière, c'est une augmentation de 18% face à la précédente. "Si ce chiffre augmente mais ralentit sa "vitesse", nous n'excluons pas une nouvelle augmentation significative avec plus de 290 nouvelles admissions par jour. En revanche, nous espérons avoir un impact sur les nouvelles admissions une fois ce pic passé." A noter que cette augmentation est présente dans les hôpitaux de tout le pays.

La majeure différence entre ces trois vagues depuis le début de l'épidémie concerne la courbe des décès. "Il s'agit de celle qui nous préoccupe le moins si je peux m'exprimer ainsi. Et heureusement car il s'agit de la plus tragique. Mais l'augmentation est très faible. Nous déplorons tout de même 27 décès par jour en moyenne sur la semaine écoulée. Cependant, je tiens à préciser qu'une partie significative de ces personnes était des personnes âgées entre 75 et 85 ans qui ne séjournaient pas dans une maison de repos", a ajouté Yves Van Laethem.


"Le milieu scolaire n'est pas le lieu des principaux foyers de contaminations"

Comme à son habitude, l'infectiologue a ensuite abordé le thème du jour. Il concernait les anticorps et la sérologie au niveau des écoles. "Aussi bien chez les écoliers que le personnel qui travaille" précise le porte-parole. Une étude a été élaborée conjointement par Sciensano et l'Université de Leuven. Elle consiste à tester des élèves de l'enseignement primaire, le premier cycle du secondaire et le personnel scolaire. Le but: rechercher dans le sang des traces du Covid afin d'observer si les individus ont été infectés même sans le développement de symptômes ou un test officiellement positif. Et ainsi observer le nombre d'anticorps présent dans le sang.

Les premiers résultats de l'étude portent sur la suite de la deuxième vague entre décembre et janvier. "Elle démontre que 12,4% des élèves et 14,8% du personnel possèdent des anticorps contre le Covid. La différence entre les élèves du primaire et secondaire tout comme celle entre les élèves et le personnel est minime. Pour 2% des élèves, une infection covid avait été décelée par un test ou des symptômes. Donc, chez la majorité des enfants, la contamination n'avait pas été constatée avant que l'on puisse l'objectiver par la présence des anticorps."


Cependant, à cause de la disparité de ces cas en fonction des régions, Yves Van Laethem a expliqué que l'étude devrait être améliorée. "Car nous avons pris un petit échantillonnage de Bruxelles alors que c'est là-bas que la concentration d'élèves est la plus élevée. Et nous pourrons tirer des conclusions plus valides un peu plus tard lorsque d'autres chiffres nous parviendront. 10% du personnel avait, lui, eu un test positif avant l’étude. Enfin précisons que personne n’avait été hospitalisé ni n’avait souffert d’une forme grave de la maladie."

Malgré cette certaine "méfiance", ces données donnent quelques indications. "Les anticorps présents dans cette tranche de la population sont équivalents à ceux que l'on retrouve chez les donneurs de sang."

En d’autres termes, cela signifie que les écoles ne semblent pas être un lieu où le virus se propage plus. "Cette étude semble simplement confirmer que le milieu scolaire n'est qu'un miroir de ce qui se passe dans la société plus qu'un foyer général de contamination. Même si, de par le volume de personnes, enfants et enseignants qui s'y trouvent, le milieu scolaire peut être un point de départ d'un certain nombre de transmissions."