Me Christine Mussche, qui représente neuf femmes pour les parties civiles, doit prendre la parole en cette première audience pour exposer la version des plaignantes. Au moins 13 femmes sont concernées dans ce dossier. "Mes clientes étaient toutes âgées d'une petite vingtaine d'années, voulaient orienter leur carrière dans le monde des médias et ont été abordées d'une manière inappropriée - malsaine, de leur point de vue - par leur patron, qui était aussi leur idole", a déclaré l'avocate à son arrivée au tribunal. "Nous allons enfin pouvoir prendre la parole et tenterons de le faire aussi sereinement que possible."

Une sérénité qu'il sera cependant difficile de conserver en abordant le contenu de l'affaire, prévient Me Mussche, qui défend les intérêts de quatre actrices, deux costumières et trois stagiaires. "Nous allons devoir exposer des faits relevant de la vie privée des parties."

Pour l'avocate, le procès aurait pu être évité si M. De Pauw avait "simplement reconnu son comportement fautif, potentiellement punissable", "convenu que ceci n'aurait pas dû se passer" et "garanti que ces faits ne se reproduiraient plus à l'avenir".

De son côté, Bart De Pauw a estimé mercredi matin que ce procès, "attendu depuis quatre ans et bien préparé", serait certainement "brutal". "C'est une bonne chose qu'il puisse enfin commencer. Je serai content quand ce sera derrière moi", a souligné le quinquagénaire.

L'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes s'est également constitué partie civile et est représenté par trois personnes, dont sa directrice adjointe Liesbet Stevens.

Un verdict est attendu au plus tôt quatre semaines après le dernier jour du procès, soit le mercredi 10 novembre. Bart De Pauw risque un maximum de deux ans de prison s'il est condamné.

Pour les parties civiles, Bart De Pauw est un "harceleur en série"

Pour les parties civiles, Bart De Pauw est un "harceleur en série". "Il était bien conscient que son comportement angoissait les victimes et dépassait les limites", a déclaré Me Christine Mussche, qui représente neuf ex-collaboratrices (actrices, costumières, stagiaires) pour les parties civiles. Le procès du producteur flamand de télévision, poursuivi pour harcèlement via des moyens de communication électroniques, s'est ouvert mercredi matin à Malines. "Même lorsque les femmes" visées "lui envoyaient un message pour lui signifier que cela devait s'arrêter, il prenait son temps et envoyait encore de nombreux messages avant d'y mettre réellement un terme", a argumenté l'avocate. À plusieurs victimes, l'homme de télévision a notamment envoyé les mots suivants: "Je t'entraîne dans ma misère, je n'ai aucune empathie", a-t-il été relevé à l'audience.

Me Mussche a ensuite cité le juge d'instruction, qui a noté durant l'enquête que "les femmes n'étaient qu'un élément interchangeable au sein d'un scénario unique". "Il les surnommait toutes 'petite souris', usait des mêmes expressions comme 'C'est moi qui t'ai repérée', 'Cela ne m'était jamais arrivé auparavant', 'C'est toi qui es venue à moi', 'Le désespoir est supportable, l'espoir non'. Ensuite, il leur envoyait des CD, des poèmes, des chansons. Il leur a également demandé de garder le silence, soulignant qu'elles n'avaient rien fait de mal mais qu' +on ne comprendrait pas+. Enfin, il jouait sur leur sens des responsabilités, affirmant qu'il réfléchissait à quitter sa famille pour elles", a énuméré l'avocate.

Toutes étaient bombardées de messages, envoyés souvent pendant la nuit et alors que le prévenu était en état d'ébriété. Le harcèlement commençait rapidement après le début d'une collaboration, par des compliments puis le producteur leur écrivait qu'il était tombé follement amoureux d'elles. Les messages se teintaient ensuite d'allusions sexuelles. S'il s'excusait, Bart De Pauw envoyait ensuite directement d'autres messages flatteurs et dragueurs, a poursuivi la partie civile.

"C'est le juge d'instruction qui, le premier, a mis en évidence un 'schéma' et a demandé à Bart De Pauw, durant une audition, comment celui-ci pensait que les femmes avaient pu réagir. 'Vous étiez leur employeur, producteur, réalisateur et leur adversaire, qu'auraient-elles bien pu faire?', l'a interrogé le juge d'instruction", selon Me Mussche.

Pour l'avocate, le harcèlement est indubitable et Bart De Pauw en était conscient. "Le torrent de messages, leur contenu, les envois tardifs voire nocturnes, les signaux implicites des femmes - qui souvent le laissaient sans réponse, en parlaient à leur famille et insistaient sur l'importance de la séparation entre vie professionnelle et vie privée - mais aussi les signaux explicites, lorsqu'elles lui demandaient formellement d'arrêter, prouvent qu'il savait très bien ce qu'il faisait."

Bart De Pauw ne reconnaît pas ses torts parce qu'il ne veut pas hypothéquer un juteux dossier judiciaire mené contre la VRT, a poursuivi Christine Mussche. Le prévenu poursuit la chaîne publique flamande devant un tribunal bruxellois pour rupture abusive de contrat et lui réclame 12 millions d'euros.

Les victimes, elles, "veulent être reconnues, elles ne font pas cela pour l'argent", a conclu l'avocate des neuf plaignantes, qui demandent un euro symbolique en guise de dédommagement.