Il était de ceux pour qui la passion n’avait pas de frontières, convaincu que l’Homme naît pour vivre en symbiose avec la Nature, et non pour en être un parasite. Eminent scientifique belge, Philippe Bouché avait un peu de sang africain qui coulait dans ses veines, lui qui est né à Alger, lorsque son père Jean-Jacques s’y trouvait comme objecteur de conscience. A l’âge de 6 ans, il crapahutait déjà au Rwanda avec son papa, oeuvrant alors en Afrique pour la coopération et le développement.

Son coeur n’a jamais vraiment quitté les grandes étendues sauvages et leur faune diversifiée. Si bien que ses études se sont naturellement orientées vers un métier lui permettant d’y retourner, afin de participer à leur préservation. Après un graduat en Eaux et Forets à l’Institut supérieur agronomique de La Reid et une maîtrise en Biologie à l’université de Liège, il a ensuite étoffé son CV avec un diplôme de 3e cycle en Gestion de la faune en milieu tropical. Depuis lors, il est devenu docteur en Ecologie grâce à sa thèse remarquable sur « L’évolution des effectifs des éléphants d’Afrique soudano-sahélienne » déposée à la faculté agronomique de Gembloux. Brillant et passionné, on vous le disait.

Vu ses compétences, Philippe Bouché est rapidement devenu un consultant incontournable pour une quinzaine de pays africains: Côte d’Ivoire, Kenya, Burkina Faso… Il occupait notamment le poste de coordinateur régional du programme « Mike » (Monitoring the Illegal Killing of Elephant) pour l’Afrique de l’Ouest. Les pachydermes ont occupé une grande place dans la vie de Philippe Bouché qui a collaboré au fonctionnement du ranch de Nazinga, une réserve protégée du Burkina où la population d’éléphants proliférait, alors qu’elle décroît partout ailleurs en Afrique. Avec deux confrères scientifiques, il avait fait le pari de les recenser depuis le ciel, à l’aide d’un drone civil. Un procédé révolutionnaire qui devait s’appliquer aux autres animaux menacés de la savane et qui avait fait l’objet d’un « Jardin extraordinaire » présenté par Tanguy Dumortier.

Mais ce jeudi 5 avril, Philippe Bouché a embarqué dans son avion privé pour une nouvelle mission au parc national du fleuve Niger. Pilote chevronné, il a été victime d’un accident au décollage. Il n’a pas survécu.

Philippe Bouché avait 47 ans. Il laisse derrière lui une épouse ainsi que deux enfants. Et dans la savane de l’Afrique de l’Ouest, les éléphants pleurent leur protecteur…