Newpharma, un des leaders européens de la pharmacie en ligne, a été obligé de limiter le nombre de commandes de paracétamol en ligne par ménage en Belgique face à la demande actuelle et à la panique générée par le Coronavirus.

Il n'y a pas que les magasins alimentaires vers lesquels se ruent les Belges. Après avoir dévalisé, pour certains d'entre nous, les rayons de pâtes et de papier toilettes, les médicaments semblent être la nouvelle cible prioritaire par peur du manque. Chez Newpharma, un des leaders européens de la pharmacie en ligne, c'est le branle-bas de combat.

"C'est le même phénomène depuis vendredi soir, Les gens vont sur le site et commandent une boîte de paracétamol de chaque référence. On a donc été contraint de limiter chaque référence à une boîte maximum par ménage. Ce n'est pas nécessaire d'en avoir plus, nous limitons donc à 60 grammes par ménages", rapporte Aline Legipont, pharmacienne titulaire chez Newpharma. Le paracétamol, le Perdolan et la Dafalgan sont demandés massivement par les patients qui craignent de contracter le Coronavirus dans les jours à venir. Une situation qui pourrait conduire à une pénurie dans les jours à venir ?

"En France, ils ont clairement peur de la pénurie mais en Belgique, il n'y a pas de problèmes à ce stade. Ce qui est important de souligner, c'est qu'il est inutile de stocker un médicament ! Ce n'est pas un bien de consommation courant, surtout qu'on devra le jeter après quelques mois si on en a en trop grandes quantités car ils finiront par être périmés. on met en garde nos patients car s'il y a une pénurie de ce médicament, nous ne pourrions plus livrer les patients chroniques mais nous n'en sommes pas encore à là. C'est important d'être responsable, ça ne sert à rien de faire des provisions, il y en aura pour tout le monde si chacun de nous joue le jeu. Il y en aura donc pour tout le monde au bon moment. On pourra livrer chaque patient dans les 24 heures", détaille Jérôme Gobbesso, fondateur de Newpharma.

Une explosion des commandes et des demandes de conseils

Et depuis quelques jours, le nombre de commandes a littéralement explosé (doublé voire triplé) sur le site internet. Avec un autre constat: un rush des patients sur l'Ibuprofène. "Alors que c'est totalement déconseillé ! La molécule conseillée en cas de symptômes grippaux, que ce soit pour le Covid-19 ou d'autres, c'est le paracétamol (en plus du confinement et des mesures d'hygiène de base). On a donc répondu à de nombreuses questions à ce sujet par mail. L'Ibuprofène peut être un facteur de risque aggravant. Et au niveau du paracétamol, on doit aussi rappeler que ce ne sont pas des bonbons et que si on en prend trop, on est bon pour une greffe de foie ! Cela ne sert donc à rien d'acheter 25 boîtes", rappelle-t-il.

Tout est mis en place afin de faire face à une hausse aussi évidente qu’historique des commandes dans un contexte logistique particulièrement complexe. "Avec le Covid-19, force est de constater que l’ampleur de la surprise est inédite alors que la panique qui règne parmi les citoyens mène à des comportements irrationnels, sinon risqués". Dans ce vent de panique, des gens ont même tenté de commander des médicaments à base de choloroquine, suite à un essai clinique mené sur 24 patients qui a donné des résultats prometteurs. Toutefois, ce médicament expérimental contre le Covid-19 est encore en phase de test.

"C'est seulement à l'étude et ce serait surtout pour des patients hospitalisés. Mais on a quand même eu des demandes. Des patients nous questionnent beaucoup là-dessus. Il faut quand même savoir qu'il y a des effets secondaires importants et que d'ailleurs, la FMBS a décidé de mettre en quarantaine ce médicament pour que les patients atteints d'une maladie chronique puissent en bénéficier suffisamment au quotidien", indique Aline Legipont.

Le quotidien chamboulé des pharmaciens

Jamais l’équipe de pharmaciens, qui contrôle toutes les commandes, n’a dû autant intervenir afin d’unilatéralement réduire les paniers d’achat, mettre en garde contre les dangers de l’automédication et sensibiliser leurs patients à l’inutilité de certains comportements.

La charge de travail a donc très largement augmenté, ce qui impacte le quotidien des pharmaciens et pharmaciennes. "C'est très intense. Depuis vendredi dernier, nous devons télé-travailler mais quelques uns sont présents à l'officine. C'est le cas d'une collègue qui a débuté à 6 heures du matin hier pour terminer à minuit. Beaucoup de gens inquiets appellent et veulent être rassurés et d'autres veulent commander du paracétamol", poursuit celle qui est aussi diplômée en sciences pharmaceutiques de l'Université de Liège.

Et au sein de l'officine, des règles ont été mises en place. "Tout est désinfecté entre chaque pauses, le port du masque à l'officine est obligatoire et les gens entrent et sortent par une porte différente", expose Jérôme Gobbesso. Dans le but de garantir la pérennité de ce service essentiel, tout a été prévu au plan technique pour que les neufs pharmaciens de Newpharma puissent travailler à domicile alors qu’il est envisagé de mettre en place un troisième shift logistique afin de gérer les stocks ainsi que la préparation des colis. 

"Nous demandons à chacun de faire preuve de retenue dans un souci évident de solidarité afin que les médicaments servent effectivement les malades au lieu d’être amassés par des patients qui devront ultimement les jeter le jour de leur péremption", ajoute Aline Legipont. "En revanche, nous saluons les initiatives de beaucoup qui ont recours à des solutions naturelles telles que certaines huiles essentielles afin de renforcer leur organisme au sortir de l’hiver. Enfin, nous insistons sur le fait que le virus ne se propage pas sur les colis puisqu’il ne survit pas longtemps sur des matériaux tel que le carton".