Le tribunal correctionnel de Bruxelles a reconnu, mardi matin, Yassine B. coupable de toutes les préventions de viol, d'attentat à la pudeur et de menace pour lesquelles il était poursuivi.

Il l'a condamné à 12 ans de prison ainsi qu'à cinq ans de mise à disposition du tribunal de l'application des peines (TAP). Cet homme de 44 ans, un ancien chauffeur de la Stib, avait approché plusieurs étudiantes de l'Université libre de Bruxelles (ULB) qui sortaient de guindailles, en rôdant autour des campus après son service à la Stib, entre 2016 et 2019. Il les avait séquestrées dans sa voiture et avait abusé d'elles sexuellement. Le tribunal a établi que Yassine B. a agi comme un véritable prédateur sexuel, avec toujours le même modus operandi, et a considéré qu'il représente un danger social.

Il a estimé chaque prévention établie et a donc reconnu Yassine B. coupable sur toute la ligne. Il a tenu compte des aveux très partiels de l'intéressé, concluant à une absence de remise en question de sa part. Le tribunal a dès lors considéré que seule une peine extrêmement sévère devait être prononcée. Yassine B. écope de 12 ans de prison et de cinq ans de mise à disposition du TAP.

Concernant les faits, la juge les considère "d'une gravité extrême, le prévenu ayant fait preuve d'un mépris total pour l'intégrité physique, psychique et sexuelle des jeunes femmes", parlant d'une "longue série d'agressions sexuelles" et tenant compte du "trouble à la tranquillité publique" vu "l'émoi que les faits ont provoqué au sein de la population estudiantine".

Celle-ci a retenu le fait que Yassine B. a agi comme un véritable "prédateur sexuel" avec un même modus operandi dans le cas des neuf victimes recensées par l'enquête: il a agi la nuit, a utilisé une voiture, se faisant passer pour un chauffeur de taxi Collecto en gardant son uniforme de la Stib, a ciblé des jeunes femmes sous imprégnation de l'alcool, leur a confisqué leur téléphone et les a entraînées dans des endroits déserts comme une rue sombre ou l'orée d'un bois.

Concernant l'état d'esprit du coupable et sa capacité à s'amender, la juge s'est montrée pessimiste, retenant des "indices d'un danger potentiel" au vu des faibles aveux qu'il a formulés.

"Il s'obstine à contester à tort certains éléments et tente de décrédibiliser les victimes en qualifiant l'une d'elles d'allumeuse", relève la juge. "Ces contestations sont vaines et dénotent une absence de remise en question et d'empathie à l'égard des victimes."

Le tribunal a par ailleurs accordé des indemnités aux deux des neuf victimes qui se sont constituées partie civile, à hauteur de 25.000 euros pour l'une et de 5.000 euros pour l'autre. Il a également accordé des indemnités de 5.000 euros aux parents de l'une d'elles, de 1.250 euros à la sœur, mineure et représentée par son père, de cette même victime, et enfin des indemnités de 15.000 euros à la Stib, dont l'image a été ternie du fait des agissements du coupable.

Yassine B. était prévenu devant le tribunal pour avoir commis quatre viols et quatre attentats à la pudeur, avec comme circonstance aggravante la séquestration, et pour menaces à l'aide d'un couteau, entre juillet 2016 et novembre 2019.

Cet homme de 44 ans était chauffeur de bus à la Stib et rôdait autour des campus de l'ULB lorsqu'il finissait tard son service au dépôt Delta à Ixelles, à proximité de ceux-ci.

Il ciblait ensuite des étudiantes sous l'emprise de l'alcool qui revenaient de soirées et leur proposait de les ramener chez elles en voiture, se faisant passer pour un chauffeur du service de taxi Collecto, toujours vêtu de son uniforme de la Stib.

Face au juge, il a reconnu deux viols et un attentat à la pudeur, des faits pour lesquels les analyses ADN le confondaient. Il a parlé d'abus et de profit, évitant le terme de viol, et a contesté avoir fait usage de violence et de menace.

L'affaire avait éclaté le 3 novembre dernier, lorsqu'une étudiante de l'ULB a affirmé avoir été violée par un "faux" chauffeur de taxi Collecto. Elle a diffusé un message sur le groupe Facebook "ULB Confessions", expliquant avoir pris un taxi le 2 novembre, après avoir assisté à un baptême étudiant sur le campus de la Plaine à Ixelles, et avoir été agressée par le chauffeur.

Ce dernier s'était, selon son récit, présenté comme un chauffeur de taxi Collecto, un service de taxis collectifs à tarif réduit qui utilise les arrêts de la Stib comme points de rendez-vous pour les clients. Il portait un uniforme de la Stib, était de type maghrébin et roulait dans une voiture grise "type Citroën", avait-elle précisé. Après être montée dans la voiture, elle a dit avoir été séquestrée, menacée d'un couteau et violée.

Quelques jours plus tard, le 8 novembre 2019, Yassine B. avait été interpellé à Ixelles. La police avait fait le rapprochement entre la dénonciation de cette étudiante et un incident datant de 2016. Yassine B. avait été contrôlé par une patrouille de police, à l'orée d'un bois à Watermael-Boitsfort. Une jeune femme était sortie de son véhicule en indiquant aux policiers qu'il avait tenté de s'en prendre à elle.

Après l'interpellation de Yassine B., la police avait encore relié d'autres plaintes pour abus sexuels au prévenu.