Belgique

Les conducteurs pourraient perdre leur licence à cause de leur niveau en néerlandais.

Depuis le 1er janvier 2016, les conducteurs de train doivent avoir un niveau de langue B1. C’est écrit noir sur blanc dans un arrêté royal modifiant le code ferroviaire paru au Moniteur belge en octobre 2015. Et dans ce code, on retrouve les exigences linguistiques.

Avant cela ? Les exigences de la connaissance de l’autre langue nationale étaient moindres.

Signé sous Jacqueline Galant, alors ministre de la Mobilité, le code ferroviaire a donc changé, ni vu ni connu. Sauf aux yeux des conducteurs de train, qui admettent volontiers, côté francophone, ne pas avoir le niveau requis en néerlandais.

En quoi est-ce que ça pose problème ? Un petit retour en arrière s’impose. Tous les trois ans, un conducteur est testé sur sa connaissance du terrain, les spécificités des machines, ses compétences techniques et linguistiques. Au terme de cette épreuve, il reçoit une licence, c’est son permis de conduire.

C’est là que le bât blesse : les conducteurs qui ont passé le test avant le 1er janvier sont à niveau sur papier… Mais pas dans la réalité. Ce qui génère un couac au niveau de la responsabilité. En effet, les licences des conducteurs sont personnelles.

Et selon la loi, "les conducteurs qui doivent communiquer avec le gestionnaire de l’infrastructure sur des questions déterminantes pour la sécurité" doivent obligatoirement répondre dans la langue exprimée par ledit gestionnaire.

En d’autres termes : s’il y a un incident sur les voies ou dans le train et que l’interlocuteur du conducteur est néerlandophone, un conducteur doit lui expliquer toute la procédure en néerlandais (et vice-versa pour les néerlandophones avec le français).

Conséquence directe s’il ne peut s’exprimer correctement : le conducteur perdra sa licence. "Entre le niveau 3 et le niveau B1, il y a un monde de différence. Dans certaines situations, si on ne parvient pas à s’exprimer correctement ou comprendre nos interlocuteurs, on devient un danger pour la sécurité ferroviaire", dénonce Daniel Saey, porte-parole de l’ASBL Sécurité Ferroviaire Efficace, pointant du doigt le manque de formation.

Contacté à ce sujet, François Bellot, ministre de la Mobilité, au courant de cet imbroglio, a indiqué que "les formations relèvent des obligations des entreprises ferroviaires, qui doivent assurer le nécessaire".

Son cabinet, celui de Willy Borsus, en charge de la politique en matière du système ferroviaire, et le SSICF (Service de Sécurité et d’Interopérabilité des Chemins de Fer), un organe indépendant qui assure la surveillance du gestionnaire d’infrastructure et des entreprises ferroviaires, se réuniront prochainement à ce sujet.

De son côté, la SNCB explique que les conducteurs sont testés par des examinateurs ayant le niveau B2. "Pour tous les nouveaux conducteurs, la réussite du niveau B1 est un must have . Pour ceux qui sont plus anciens, des tests et des formations sont organisés pour renforcer le niveau de néerlandais. Ils ont l’occasion de les repasser plusieurs fois et tant qu’ils ne les ont pas réussis, ils ne sont pas autorisés à rouler en Flandre", explique Thierry Ney, porte-parole de la SNCB. Et précise que ceux qui ont passé leur examen avant le changement de la loi seront réexaminés.