Deux expertes de l'Onu recommandent à la Belgique de mieux travailler à la réhabilitation des “combattants étrangers”, au soutien à leurs familles et à l'intégration sociale des citoyens qui ne sont pas d'origine européenne. Ce sont leurs conclusions préliminaires après une visite de travail de quatre jours en Belgique où elle se sont penchées sur le phénomène des djihadistes.

Pourquoi la Belgique? Parce que notre pays comporte le plus grand nombre de djihadistes par tête d'habitant. Reprenant les chiffres officiels, elles ont cité un nombre total de 500 Belges partis ou revenus d'Irak et de Syrie au cours des dernières années, dont 128 sont revenus, 77 ont été tués et 62 arrêtés dans leur projet, soit en Belgique soit dans un autre pays comme la Turquie, porte d'entrée vers la Syrie. Au total, 30 000 djihadistes étrangers se trouveraient en Syrie et en Irak.

“L'âge moyen (ndlr, des recrues belges) se situe aux alentours de 23 ans et moins. Les femmes sont également de plus en plus nombreuses à partir”, a expliqué à la presse la juriste polonaise Elzbieta Karska, rapporteur du groupe de travail de l'Onu sur l'utilisation des mercenaires (ndlr, le droit international ne reconnaît en effet que les mercenaires, il n'y a pas de définition approuvée du combattant étranger).

Les autorités belges leur ont affirmé que le nombre de recrues masculines déclinait en fait, de l'ordre de “4 à 5 hommes” par mois, contre dix par mois auparavant. En revanche, les femmes sont plus nombreuses à partir, même si elles restent minoritaires. “L'appel aux filles correspond à un besoin de faire quelque chose d'important, d'aider sur le plan humanitaire, de lutter contre le régime. Il y a aussi l'aventure et le califat”, analyse la criminologue chilienne Patricia Arias.

Une bonne partie des recrutements actuels se font par des amis ou des proches déjà en Syrie, voire par l'intermédiaire de recruteurs qui sont payés de 2000 à 10 000 dollars selon le statut social ou le niveau intellectuel de leur “proie”. Les femmes vont pour s'y marier et s'occuper des combattants.

Les deux expertes s'étonnent du taux de chômage pour les jeunes en Belgique (24% de la population de moins de 25 ans), mais reconnaissent que la condition sociale n'explique pas à elle seule le départ vers l'Etat islamique ou d'autres groupes djihadistes. Le profil est varié, et “quand on examine les cas individuels, on voit que beaucoup de gens vivent dans de bonnes conditions matérielles”, reconnaît Mme Karska.

Le groupe de travail félicite les autorités belges pour avoir fait de la question des djihadistes une “priorité nationale”. Ceci ne l'empêche pas de recommander des efforts supplémentaires en Belgique pour une meilleure “cohésion sociale” qui “permettra d'atténuer les risques de sécurité à long terme”. Et d'adopter le modèle danois de réhabilitation (dans la ville d'Aarhus) à Vilvorde et dans la communauté francophone.

Le rappport final sera présenté en septembre 2016.