Belgique

Le Premier ministre Charles Michel s'est prononcé lundi pour que les djihadistes étrangers - et notamment belges - détenus en Syrie soient "au maximum" jugés dans la région, tout en invoquant la possibilité de créer une juridiction internationale ad hoc.

M. Michel s'est dit favorable "au maximum à des décisions judiciaires dans la région", tout en reconnaissant que les situations en Syrie, en proie à d'ultimes combats entre les forces arabo-kurdes aidées par la coalition et les restes du groupe terroriste Etat islamique (EI) et en Irak, dirigé par un gouvernement reconnu par la communauté internationale, étaient différentes.

Il a aussi plaidé devant la presse, à l'issue d'une rencontre à Bruxelles avec la présidente de la Chambre des représentants américains, Nancy Pelosi, pour une approche européenne voire internationale de la question du retour des "Foreign Terrorists Fighters" (FTF).

On peut aussi songer à "une forme de justice internationale", a ajouté le chef du gouvernement démissionnaire, qui souhaite toutefois prendre en compte la sécurité de la population belge.


Didier Reynders s'exprime

"Il n'est pas exclu que des pays de la région, en particulier l'Irak, souhaitent mener des actions judiciaires contre des djihadistes (détenus en Syrie) qui ont d'abord commis des actes terroristes" sur leurs territoires, a indiqué lundi le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, à l'issue d'une réunion avec ses homologues européens. Alors que le président américain Donald Trump a exhorté dimanche les pays de l'UE à reprendre leurs centaines de ressortissants détenus en Syrie après avoir rejoint les rangs de l'Etat islamique (EI), les 28 se concertent encore sur l'attitude à adopter.

Avant cette sortie du locataire de la Maison Blanche, deux hypothèses avaient été posées sur la table par la coalition contre l'EI. Soit les pays concernés reprennent leurs combattants étrangers, soit une détention de ces personnes est organisée sur place, dans la région, a expliqué le chef de la diplomatie belge.

"Nous devons voir comment nous pouvons réfléchir ensemble à la meilleure façon d'agir", a-t-il insisté lundi, avant de rappeler que la position belge consistait à aider au rapatriement des enfants de combattants âgés de moins de 10 ans pour peu qu'il y ait une demande de membres de la famille restés en Belgique.

"Au delà (pour les adultes), on ne ferme pas la porte, c'est au cas par cas", a ajouté le ministre. "On doit d'abord se concerter avec les pays européens concernés, mais aussi examiner la séquence et voir si d'éventuelles poursuites sont envisagées dans la région", a-t-il expliqué.

D'après M. Reynders, il ne serait "pas anormal" que les autorités irakiennes souhaitent mener des actions si elles disposent d'éléments. Le ministre a par ailleurs souligné que Bagdad avait déjà entamé des poursuites à l'encontre de certains djihadistes européens.

L'Irak, qui s'est libéré de l'EI (Daech, selon son acronyme arabe) avec l'aide de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis, procède de la sorte. Bagdad détient plus de 300 condamnés à mort pour appartenance à l'EI, dont des personnes de nationalité étrangère. C'est notamment le cas du Belge Tarik Jadaoun, qui avait rejoint l'EI en 2014 sous le nom de guerre d'Abou Hamza al-Belgiki et a été condamné à mort en Irak en mai dernier.

Interrogé sur la possibilité de mettre sur pied une juridiction internationale pour juger les djihadistes étrangers, le ministre a précisé que le point n'avait pas été abordé ce lundi par les Européens. "Cela peut être une des pistes, mais nous n'y avons pas encore travaillé", a-t-il précisé.