Le ministre Picqué annonce des actions contre cette nouvelle stratégie de marketing

BRUXELLES Qu’ont en commun Harry Potter et la dernière PlayStation? Au moins deux choses. Un: les jeunes en sont dingues. Et deux: ils ont tous deux fait l’objet d’une frénésie le jour de leur sortie, leurs concepteurs ayant pris grand soin de laisser entendre que, dans un premier temps, il n’y en aurait peut-être pas pour tout le monde.
Le phénomène inquiète le ministre fédéral de l’Economie, Charles Picqué (PS). Dans l’entretien qu’il accorde à la DH du dimanche, il dévoile la riposte qu’il prépare sur le sujet.
« Le sénateur Jean-François Istasse vient d’attirer, à juste titre, mon attention sur ce phénomène qui prend une ampleur inquiétante », indique le Saint-Gillois.
En quoi?
«Il s’agit clairement d’une nouvelle stratégie de marketing fondée sur la pénurie, avec effet d’annonce plusieurs semaines à l’avance comme on l’a vu pour la PlayStation 2 ou Harry Potter. Cela consiste à préparer le consommateur, à le faire saliver puis à créer l’événement lié à la pénurie. Et diffuser des reportages sur des gens insatisfaits de n’avoir pas pu acquérir un bien, cela ne fait que renforcer l’image positive du produit.”
Est-ce donc une façon supplémentaire de manipuler le consommateur?
«Oui, même si c’est une technique qui reste peu fréquente, pour qu’elle demeure efficace. Début 99, l’Inspection économique avait réalisé une enquête répertoriant 70 plaintes en un an. Ce marketing portait sur des produits très novateurs poussés par des campagnes publicitaires très coûteuses.”
Cela a-t-il démontré qu’on aurait pu produire dès le départ assez de marchandises pour satisfaire la totalité de la demande?
«C’est même plus subtil encore: ils ont les stocks, mais ils les distribuent de façon parcimonieuse pour créer l’événement et s’attirer une publicité extraordinaire. Ce qui est particulièrement irritant, c’est que cela concerne des produits liés aux jeunes, soit les consommateurs les moins à même d’y résister.”
Est-ce légal?
«Non. La loi prévoit que si un commerçant propose à prix réduit un article qui n’est pas immédiatement disponible, il doit délivrer au client un bon qui lui permettra de l’acquérir dans un délai raisonnable. Et si des produits dont l’arrivée est annoncée ne sont pas en quantité suffisante, on peut recevoir une sanction pour publicité trompeuse. Cela rentre aussi dans le cadre de pratiques contraires aux usages honnêtes.”
Comptez-vous réagir?
«Oui, de deux façons. D’abord, je vais demander à l’Inspection économique de réaliser une enquête pour mieux cerner l’évolution du phénomène. Ensuite, je vais prendre contact avec le secteur pour étudier la rédaction d’un code de bonne conduite que chacun s’engagerait désormais à respecter.”
N’est-ce pas trop gentil comme riposte face à des stratégies décidées au niveau mondial, comme pour la PlayStation?
«Je veux d’abord essayer de convaincre les acteurs que ces pratiques ne sont pas tolérables. Mais je pense qu’il faudra effectivement aussi envisager de poser un acte exemplaire à l’égard d’une des sociétés concernées, démontrant bien notre volonté d’agir.”


VIGILANCE L'AN PROCHAIN


Peut-on déjà tirer un premier bilan à l’issue de la première semaine des soldes?
“C’est encore très tôt et il faut rester prudent. Au total, les inspecteurs vont faire environ 10.000 contrôles. A ce stade, pour la période des présoldes, soit du 15 novembre au 2 janvier, 2.800 contrôles ont été effectués et on a enregistré 32 plaintes. Pour la seule zone d’Anvers et du Limbourg, 34 P.-V. d’avertissement ont été dressés, de même que 36 P.-V. de sanction, et 58 demandes de rectification immédiate. On s’attend à ce qu’une centaine de procès-verbaux soient dressés en Belgique dans le cadre des soldes d’hiver.”
Quels sont les principaux problèmes?
“Si on se réfère aux autres années, c’est surtout le gonflement artificiel des prix de base qui sont l’objet de plaintes.”
Cette année, les soldes ont manifestement commencé un jour plus tôt que prévu par la loi…
“Oui, et cela va nous amener à être d’autant plus attentifs la fois prochaine. On doit aussi veiller à clarifier certaines choses.”
Lesquelles?
“Je l’ai vécu personnellement: l’annonce de la réduction n’est pas toujours suffisamment claire. La technique des points de couleur en fait partie. Il faut qu’à côté d’une couleur attachée à un produit soit marqué le taux de réduction auquel cela correspond. Les prochains soldes d’hiver entraîneront une attention encore plus particulière de notre part.”
Pourquoi?
“A cause de la confusion qui risque d’être grande sur la valeur réelle des produits, puisque l’euro sera alors devenu une réalité, avec la double existence d’euros et de francs belges.”


COMMENT SE DÉFENDRE?


Comment lutter efficacement contre le marketing fondé sur la pénurie ou contre les abus constatés dans les soldes?
“L’Inspection économique dispose de 184 inspecteurs qui multiplient les contrôles sur le terrain. L’an passé, 20 enquêtes générales ont été réalisées sur les soldes, les magasins de nuit, ou la sécurité des feux d’artifice par exemple. En 99, 80.344 contrôles ont eu lieu, avec rédaction de 1.894 P-V, et 2.898 avertissements. On s’était par exemple penché alors sur les lunettes pour l’éclipse.”
Et actuellement?
“Trois enquêtes sont plus particulièrement en cours: sur les sites Internet belges offrant des produits et services dans le cadre de la vente à distance, sur la publicité et le crédit, et sur les différences qu’on constate entre le prix affiché en rayon et celui scanné à la caisse."
Ces enquêtes sont-elles chaque fois déclenchées sur la base de plaintes?
“Oui, ou alors en fonction de constats qui nous sont rapportés. Le scanning a par exemple été dénoncé par Test-Achats. Sur la vente à distance par Internet, on a des plaintes quant aux délais de fourniture non respectés ou sur des prix n’intégrant pas les frais de port. L’e-commerce se développe, et nous devons y être attentifs.”
Que faire lorsque le consommateur constate un abus?
“La méthode la plus efficace reste qu’il les dénonce directement à l’Inspection économique, qui lui est totalement accessible. C’est elle qui se charge alors d’envoyer ses contrôleurs sur le terrain."


Ces plaintes peuvent être déposées à l’adresse suivante:
WTC III, boulevard Simon Bolivar n° 30, 1000 Bruxelles. Téléphone: 02/208.36.11; fax: 02/208.39.15; e-mail: eco.inspec@pophost.eunet.be