Belgique

Les éléments dont disposaient les services de police et la justice, sur les frères Abdeslam, auraient-ils dû conduire à un suivi accru, qui aurait pu déboucher sur leur arrestation ? Ce qui aurait pu éviter les attentats de Paris, et ce faisant, de Bruxelles ? C’est notamment avec ces idées à l’esprit que les députés de la commission attentats ont entendu policiers et magistrats qui sont intervenus dans le dossier.

La question est délicate car, en l’examinant, on doit examiner en profondeur la manière dont travaillent les services de lutte contre le terrorisme. Les acteurs ont donc été entendus mercredi à huis clos par les députés au cours d’une séance qui s’est terminée tard.

La magistrate Ann Fransen, chef de la section terrorisme du parquet fédéral, a été la première à passer sous le gril des députés. Ce fut ensuite des policiers de la zone Bruxelles-Ouest et d’autres de la DR3 (section antiterrorisme de la police judiciaire fédérale de Bruxelles).

Le Comité P moins critique

Le Comité P, qui a procédé à de nombreuses auditions, a largement débroussaillé le travail pour les députés. Les parlementaires sont en possession du rapport définitif de cet organe de contrôle externe sur la police qui a retracé ce que l’on savait des frères Abdeslam.

On pensait initialement qu’une policière de la DR3, en congé et en délicatesse avec sa hiérarchie, avait été informée à l’été 2014 que les deux frères s’étaient radicalisés et seraient prêts à commettre un "acte irréparable".

Dans son rapport définitif, le Comité P n’est plus si affirmatif. Son enquête montre plutôt que la DR3 avait simplement appris qu’un des frères Abdeslam s’était radicalisé. Mais, note le Comité P, la DR3 n’a alors rédigé qu’un rapport trop lacunaire.

Dans celui-ci, les policiers fédéraux soulignaient qu’ils ignoraient lequel des deux frères était radicalisé et qu’ils ne voulaient pas mettre, à tort, les noms dans les banques de données policières. C’est là un argument que n’a pas entendu le Comité P. Il relève aussi que, à tout le moins, il aurait fallu creuser davantage.

En janvier 2015, c’est la police de Bruxelles-Ouest qui a obtenu des informations sur une radicalisation des deux frères. Elle a dressé deux procès-verbaux. En février, les dossiers ont été transmis à la police fédérale. Mais la DR3 manquait de personnel. Elle l’a signalé au parquet. Les données téléphoniques des Abdeslam devaient être "gelées" pour être étudiées plus tard.

Un procès-verbal de contextualisation a bien été rédigé sur les frères Abdeslam. Mais par des policiers peu expérimentés, qui n’ont pas signalé les liens avec Abdel Hamid Abaaoud. De plus, ce P.V. n’a été écrit qu’après que le parquet fédéral eût classé le dossier sans suite en juin 2015. Pour le Comité P, il y a là un vide.