"La vie reprend" peut-on ressentir, lire et entendre un peu partout. Les terrasses sont effectivement bondées, les restos ont rouvert, les places et jardins s'animent. Mais pour nombre d'entre nous, "la vie" va au-delà du fait de rester assis par bulle autour d'un verre. Le week-end dernier, la douce euphorie qui s'est emparée des jeunes et moins jeunes, venus prendre l'apéro dans les divers parcs de Bruxelles, est à nouveau venue illustrer l'inévitable tendance de la population à se rapprocher, s'étreindre, danser. Un baffle et une table suffisent désormais à déclencher un mini mouvement de foule. Qu'on le veuille ou non, les gens vont désormais se rassembler, en extérieur d'abord, en intérieur, dès que le climat sera moins clément. Le "monde de la nuit", ce vieil ami longtemps oublié de tous, a donc décidé de sortir du bois pour demander un brin d'attention au politique, et, surtout, lui proposer un protocole de reprise.

Un cadre clair dès juillet

Depuis des mois, les différents acteurs du secteur, représentés à Bruxelles par la Fédération Brussels By Night, ont travaillé de concert pour proposer un texte commun regroupant les boîtes, salles, labels et autres organisateurs d'événements en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles. "Pour l'instant, difficile de savoir à quoi s'attendre" se désole Lorenzo Serra, co-créateur et porte-parole de Brussels By Night. Depuis ce mercredi 9 juillet, 200 personnes sont autorisées en intérieur et 400 en extérieur, avec port du masque et respect des distances de sécurité. Le 1er juillet, si les chiffres de contamination se maintiennent à la baisse, cela passera à 2000 et 2500 personnes, puis 3000 et 5000 du 30 juillet au 13 août, date à laquelle les événements de masse en extérieur pourraient à nouveau être organisés. "Si on en croit ce qui se dit, on devrait pouvoir recommencer à bouger en extérieur, sans masque, à partir du 30 juillet" poursuit Lorenzo Serra. "Jusque-là, on est dans une zone grise qui va être compliquée à gérer parce que les gens peuvent retirer leur masque en rue. Ils vont arriver dans un lieu sans masque, puis on va leur demander de le remettre pour aller chercher une boisson ou danser. Bon courage."

Même si cela nous paraît bien loin, "la vraie question" insiste le fondateur de Brussels By Night "est surtout le retour à l'intérieur. En Belgique, on ne sait jamais quand le mauvais temps peut revenir, et on a un peu peur qu'à ce moment-là, tout le monde se dise "bon, comment fait-on pour les clubs ?" À l'image d'un festival ou un concert, une soirée ne s'improvise pas, les grands artistes sont déjà surbookés pour 2022. "Si on veut pouvoir relancer les choses en octobre" insiste Lorenzo Serra "Il nous faut un cadre clair au 1er juillet".

Pas de masques, mais un coronapass

Le monde de la nuit semble fondamentalement uni sur un point : les masques et la distanciation, ce ne sera possible. Autant ne pas se leurrer sur l'efficacité d'une telle mesure dans des lieux où les gens consomment régulièrement des boissons, dansent, chantent et fument. "Nous préférons dire : ouvrons dans des conditions réalistes, avec des perspectives claires, et restons fermés jusque-là avec les aides nécessaires à notre survie". Le protocole remis jeudi dernier aux différents niveaux de pouvoir politique se décline en trois axes. "Dans un premier temps, nous devrons faire avec le coronapass" détaille Lorenzo Serra. "Cela nous permettra de voir rapidement les gens qui ont été vaccinés, ceux qui ont fait le Covid et ont donc des anticorps, et, idéalement, les résultats des personnes ayant fait un test rapide. Aucun lieu n'a les capacités d'organiser un testing devant son entrée. Cela créerait des files, un entassement, et serait donc totalement productif." "La fiabilité du testing rapide est critiquée concernant les personnes faiblement contaminées" poursuit l'organisateur d'événements. "Mais elle est très élevée pour recaler les supercontaminateurs. Si nous disposons de toutes ces données via un simple QR Code, nous pouvons efficacement contrôler les entrées, et proposer des soirées coronaproof".

L'étape suivante est logique : une ouverture sans masque, sans distanciation et sans capacité limitée. Reste, la question de la ventilation. Si des normes sont fixées et qu'un seuil de ventilation est imposé, les clubs demandent que ces seuils restent raisonnables et qu'un soutien financier soit accordé pour les financer, car les caisses sont désespérément vides. "La prime Tetra obtenue à Bruxelles a permis de sauver 80% des clubs" se félicite Lorenzo Serra. "Mais si nous voulons tenir d'ici là, il faut que les frais fixes des clubs fermés soient enfin couverts, que le droit passerelle soit doublé, et qu'un fonds de garantie nous permette de relancer nos activités".