Belgique Quels sont les conséquences et les risques de l’arrivée de la caisse enregistreuse intelligente (black box) dans les restaurants ? Pourquoi la lutte contre la fraude y est-elle si difficile ? Le Directeur du Gault&Millau Benelux, Philippe Limbourg, était l’Invité du samedi de LaLibre.be.


Extraits:

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Pourquoi l’instauration obligatoire de la black box est-elle à ce point critiquée ?

Le gros problème de la black box, c’est qu’elle ne tient pas compte de la réalité sur le terrain, à commencer par le coût de la main-d’œuvre. Soyons clairs, une journée de 7h36 dans l’horeca, ce n’est pas possible ! Certes, il y a des compensations fiscales en matière d’heures supplémentaires, mais on est encore loin de ce que vivent réellement les restaurateurs : un grand maximum de 360 heures supplémentaires par an et par travailleur en partant de 7h36 par jour, cela reste intenable.

D’ici 2016, cette black box devrait entrer dans 60.000 établissements. Plusieurs études universitaires estiment qu’elle détruira de 20 à 60.000 emplois et poussera 27% des restaurants à fermer leurs portes. Vous croyez à ce possible cataclysme pour l’horeca ?

Oui, la black box provoquera très clairement un cataclysme si les mesures annoncées ne changent pas. Même si cette boîte va automatiquement pousser les grands tricheurs dehors, il est clair qu’elle va faire des dégâts bien plus importants. Actuellement, à peine 50% des établissements se sont déjà enregistrés et seulement 10% l’ont activée. On est encore très loin du compte. Il faut être conscient que l’installation d’une boîte noire peut coûter 4 à 6.000 euros à certains restaurateurs. Pour les petits indépendants, c’est énorme. Certains devront arrêter leur activité à cause de la black box. Sous le couvert d’un secteur à apurer, on fait une épuration économique.

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On évoque déjà des manipulations frauduleuses parmi les premiers utilisateurs…

Oui, c’est une réalité. Le problème est que l’on ne s’attaque pas bien à la fraude dans la restauration. Chez qui ira-t-on contrôler la boîte noire ? Chez les mêmes qu’on contrôlait déjà avant, pas chez ceux où l’on n’ose pas se rendre par peur d’être menacé… Les inspecteurs n’osent pas contrôler les restaurateurs qui ont des mines patibulaires ou qui tiennent des propos menaçants. Au Comme chez Soi, ils ont systématiquement 3 à 5 contrôles (ONSS, Afsca,…) par mois. Ce n’est pas le cas dans un établissement qui reçoit les inspecteurs à coups de fusil. Il y a une chance sur deux qu’un bar qui fait des spécialités exotiques ne soit jamais contrôlé grâce à la présence d’un monsieur muscle menaçant. Cela semble être des clichés, je sais, mais c’est ça la réalité !

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Concrètement, une inspection Gault&Millau dans un restaurant se déroule toujours anonymement ?

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