La politique, son seul regret

KNOKKE Il va encore râler, là-haut, VDB. Et même parler de trahison, lors d'une dernière interview, à Knokke, il y a deux ans à trois jours près, à propos de cette anecdote. VDB évoquait le procès Agusta qu'il avait suivi comme un accro. Il commentait la condamnation à son sens trop sévère infligée à Guy Spitaels, tenant la procureur générale Eliane Liekendael pour une grande dame. Puis `Mais-ça-vous-ne-l'écrirez-pas- n'est-ce pas´ avait dévié sur les jambes de la juge d'instruction Véronique Ancia. `Des jambes remarquables.´ La juge avait voulu entendre VDB après l'assassinat d'André Cools, que l'homme d'Etat appréciait autant que Guy Cudell. Le charme, la gentillesse de Mme Ancia l'avaient amené à prolonger l'entretien au palais de justice de Liège.

VDB allait avoir 80 ans. L'audition et son dos qui lui avait fait stopper le tennis mise à part, c'était le VDB de toujours. Prudent, roublard, enjoué, séducteur, débordant d'une énergie et d'une vivacité d'esprit étonnante, d'un sens inné de la formule choc, de la fidélité et du bon sens tout court. Tous les matins, sa compagne Viviane Baro et lui marchaient une heure sur la digue. Avec Ranger, leur labrador qui, à l'appel, collait aux jambes de son maître. VDB était six fois grand-père. Il espérait devenir arrière-grand-père.

Quand on lui demandait depuis quand il fumait, il répondait: `Je ne sais plus vraiment. C'est dans les camps que j'ai commencé à fumer la cigarette. Après la guerre, je me suis rendu compte que la cigarette m'avait fait perdre le souffle. J'ai voulu arrêter mais j'ai pas pu. Et je me suis mis à la pipe. Mes pipes, je les change usées, pas avant deux, trois ans. Mon tabac, c'est l'Amphora.´

VDB, tous les matins, dévorait sept journaux dont le nôtre. Il regrettait d'avoir constamment plusieurs bons livres en retard. En dix ans, il n'avait pas mis une seule fois les pieds au cinéma. Il avait beaucoup aimé Titanic, en vidéo. L'après-midi, c'était d'interminables parties de whist. VDB avait pris congé en disant, façon Gabin, martelant chaque syllabe à sa façon bien à lui, qu'il n'avait qu'un seul regret, au fond `D'avoir fait de la politique! ´