Belgique

Salvatore Bongiorno tire à boulets rouges sur Swissair, les politiques et les dirigeants

BRUXELLES Salvatore (Toto pour les intimes) Bongiorno n’a jamais eu la langue dans sa poche et quand il écrit, c’est dans le vitriol qu’il trempe sa plume.

Cet ancien délégué syndical, aujourd’hui reconverti, avec succès, dans la restauration, a trusté les plateaux de télévision à l’époque des problèmes de la Sabena et il y fut la terreur des politiciens qu’il n’a jamais ménagés dans ce drame. Dont Elio Di Rupo, accusé d’avoir vendu la Sabena aux Suisses sans prendre les garanties nécessaires pour que le contrat soit honoré.

À l’occasion des dix ans de la faillite, il publie un livre – Sabena, ma vérité – dont les bénéfices sont consacrés au fonds d’aide aux ex-sabéniens. Sous-titré fort à propos Ce qu’on n’a jamais osé dire depuis dix ans, celui qui assistait aux conseils d’entreprise y fait des révélations sidérantes : “Et encore, j’ai dû passer pas mal de vérités sous silence à la demande de mon avocat pour éviter un procès !”

Il n’empêche , il faut s’accrocher quand il explique certains événements qui ont contribué au séisme sabénien. Voici quelques morceaux choisis : “Lors de la célèbre commande des 34 Airbus, le 17 novembre 1997, alors que la Sabena n’en avait besoin que d’une quinzaine au maximum, la société s’est trouvée momentanément en bénéfice. En fait, le bilan avait été truqué. L a direction avait vendu des bi joux de famille dont des bâtiments à New York. Les 34 Airbus ont été payés mais jamais livrés.”

Plus original encore, en 2000, il y eut à déplorer l’incendie d’un hangar. Qui, officiellement, abritait la réserve des vêtements : “Il s’y trouvait des pièces détachées de Boeing. Mais les Suisses se faisaient arroser de pots-de-vin pour acheter des Airbus et la destruction des pièces de rechange Boeing était un hasard qui faisait bien les choses.”

La gabegie en dépenses inutiles, Salvatore Bongiorno peut en citer une kyrielle d’exemples. Notamment celle-ci : “Le personnel était envoyé en formation, par très petits groupes, pour apprendre à réagir face aux clients agressifs. Ça a coûté des centaines de millions de francs. Le problème, c’est que seuls 3.000 des 12.000 salariés étaient en contact avec la clientèle !”

Il y eut aussi la vampirisation par Swissair des vols qui rapportaient, comme sur Johannesburg ou Catane, souvent complets. Ou encore les surfacturations des sociétés sœurs comme Atraxis qui facturait 12.000 FB un appel téléphonique à son help-desk.

Autre exemple : 120 millions de francs dépensés pour peindre, à Toulouse, deux Airbus aux couleurs de la Sabena alors qu’ils n’étaient plus destinés à cette compagnie !

Salvatore Bongiorno est persuadé que le but de Swissair était tout simplement de couler la Sabena : “Tous les coups bas étaient permis. Un exemple : les services les plus rentables, comme la restauration, ont été repris par les Suisses pour, ensuite, les facturer à la Sabena jusqu’à 465 % plus cher qu’auparavant !”

Les dirigeants belges de la Sabena n’échappent pas à la critique. “Le patron de 1991 à 1996 avait mis sur pied, en grand secret, un produit, mais il faudrait parler de magouille : la création, avec une compagnie d’assurances luxembourgeoise, d’une police contre la perte de bagages, grassement alimentée au… Zaïre, d’où l’argent excédentaire transitait aux Bermudes où il était blanchi avant de revenir au Luxembourg où les membres du comité de direction récoltaient les fruits du montage !”

Et pour couronner le tout, Toto Bongiorno n’épargne pas non plus la curatelle : “C’est à croire que chacun voulait se servir sur la bête…”

© La Dernière Heure 2011