Ils répondent à la proposition de deux élus MR qui voulaient légaliser la pratique.

Les réactions des ministres wallons en charge de la Chasse et du Bien-être animal, René Collin et Carlo Di Antonio (tous deux CDH), ne se sont pas fait attendre, suite à l’annonce de la volonté de deux élus MR de rétablir la chasse à la tenderie en Wallonie.

"Laissons les oiseaux dans la nature et pas en cages ! Pour moi, et pour le cdH, c’est un non catégorique. Je me demande ce qui passe par la tête de ces députés MR", a commenté Carlo Di Antonio (cdH) sur les réseaux sociaux.

" Le MR veut rétablir la tenderie! C’est une attaque contre la biodiversité et un risque de trafic. Ce sera NON!" , a confirmé le ministre de l’Agriculture, René Collin.

Pierre-Yves Jeholet et Jean-Luc Crucke, deux députés MR, ont déposé devant le Parlement wallon, la semaine dernière, une proposition de résolution visant à autoriser à nouveau une certaine pratique de la tenderie en Wallonie.

Le but ? Permettre à ceux qui le souhaitent de perpétuer ce qui est présenté comme "une pratique ancestrale du patrimoine cynégétique wallon".

"La tenderie, avec ses méthodes et ses habitudes, tire ses racines du terroir. Cette pratique traditionnelle, naturelle et silencieuse, transmise de grand-père en petit-fils est inscrite dans la culture wallonne. Il s’agit ainsi d’un élément constitutif du patrimoine wallon", avaient justifié les députés.

L’annonce avait fait trembler les défenseurs de la nature et des animaux, qui y avaient vu une proposition rétrograde et contraire au bien-être animal.

"En 1993, la LRBPO a réussi à ce que la tenderie soit totalement interdite et le MR voudrait aujourd’hui la réautoriser pour des raisons de traditions... Nous sommes bien sûr scandalisés", a fait savoir l’association.

Natagora s’était également indignée face à l’annonce du MR. "On est assez ahuri. Tout le monde sait que la biodiversité se porte mal. La position du MR nous parait complètement en décalage avec la réalité.", avait déclaré Joëlle Huysecom, directrice du département conservation chez Natagora.

"Sensibles aux réactions", Pierre-Yves Jeholet et Jean-Luc Crucke ont annoncé mardi en fin de journée qu’ils retiraient leur texte.

Une technique ancienne et illégale

La tenderie est une technique de chasse très ancienne. Elle consiste en la pose de pièges, munis de filets dans lesquels les oiseaux sauvages viennent se coincer.

L’objectif de la tenderie est de capturer des volatiles soit pour les manger, soit pour les garder comme oiseaux d’agrément dans des salons. Elle vise principalement les pinsons, bouvreuils, tarins, chardonnerets mais aussi des alouettes et grives.

Depuis 1973, la tenderie a fait l’objet de réglementations diverses pour finalement aboutir en 1993 à une interdiction en Région wallonne de toute forme de capture de passereaux sauvages.

Les sanctions peuvent être importantes en cas de flagrant délit : comparution devant le tribunal correctionnel avec de lourdes amendes à la clé et, dans les cas les plus graves, une peine de prison.

Pour Pierre-Yves Jeholet et Jean-Luc Crucke, qui ont retiré entre-temps leur proposition de loi, il s’agissait d’une précieuse tradition wallonne à réhabiliter mais pour les associations, elle est surtout une menace pour la survie de plusieurs espèces et pour la biodiversité en général.