Enéo redoute que des catégories de population soient établies.

Il est très difficile d’obtenir des chiffres précis concernant le nombre de résidents de maisons de repos mais plusieurs résidences pour personnes âgées feraient face à une hécatombe en puissance. La majorité des seniors ne sont en effet pas dépistés et il en va encore de même pour le personnel des maisons de repos.

Si la situation devait perdurer, les acteurs du domaine de la santé des personnes âgées redoutent de nombreux drames.

"On demande depuis le début de l’épidémie que les personnes qui vivent dans des collectivités, à savoir aussi bien les résidents des maisons de repos, que ceux des centres pour personnes handicapées, les prisonniers et les habitants des résidences services soient dépistées systématiquement. On nous annonce que le confinement risque de durer encore des semaines. Si on ne dépiste pas ces personnes ainsi que le personnel qui travaille dans ces institutions, on va devoir continuer à appliquer des mesures collectives. Dans certaines maisons de repos, les résidents sont bloqués dans leur chambre depuis une semaine, parfois sans possibilité d’ouvrir une grande fenêtre. Même si ça part d’une bonne intention, l’ensemble des aînés se retrouve puni. Si ça continue, on va avoir des drames psychologiques", déplore Philippe Andrianne, président d’Enéo, le mouvement social des aînés.

"Je ne comprends pas comment une telle situation peut exister quand on voit le tissu de laboratoires privés et publics dont dispose la Belgique. Comment se fait-il qu’on ne puisse pas effectuer plus de tests ?"

Le responsable d’Enéo craint que les personnes âgées soient considérées par les autorités comme des citoyens de seconde zone.

"Notre autre grande inquiétude concerne l’accès aux soins intensifs. On nous explique qu’il faut à tout prix éviter que les services d’urgence soient engorgés et qu’il faut éviter au maximum d’envoyer des personnes âgées dans les hôpitaux. Des gériatres ont reçu l’instruction d’éviter d’hospitaliser des personnes âgées et l’Aviq (Agence pour une vie de qualité) va dans ce sens également. Le mot d’ordre est de ne pas hospitaliser les personnes âgées. On considère qu’il faut éviter d’hospitaliser une personne en fin de vie afin de ne pas lui imposer un inconfort supplémentaire. On peut comprendre cette logique pour une personne qui n’a aucun espoir de guérison. Mais comment juger si une personne est effectivement en fin de vie ? Qui place-t-on dans cette catégorie ? Toutes les personnes de plus de 85 ans ? On ne doit pas en arriver à établir des catégories de population !"

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