Belgique

Le président du PS Elio Di Rupo a condamné dimanche dans un communiqué l'évocation par le Premier ministre Charles Michel d'un "cocktail national-socialiste" pour qualifier la menace de séparation du pays, au programme de la N-VA, et les recettes de l'ultrasocialisme, qui entraîneraient un appauvrissement. "Je suis en colère! Je suis abasourdi par la teneur du discours de Monsieur Michel, Premier ministre démissionnaire et président de parti! Les mots sont lourds de sens. Evoquer ainsi le régime national socialiste... Quel cynisme! Quelle méconnaissance de l'Histoire! Quel manque de décence absolu envers les victimes de l'Holocauste et leurs familles! ", a fustigé M. Di Rupo.

"Je n'aurais jamais imaginé devoir en arriver là. Mais aujourd'hui il semble plus que nécessaire de rappeler au Premier ministre ce qu'est le régime national socialiste. Le régime national socialiste allemand est responsable de la mort de millions de personnes. Plus de 7 millions de personnes sont décédées pendant l'Holocauste : 5 millions de Juifs, des Tziganes, des personnes porteuses de handicap, des communistes ou encore des homosexuels. Le régime national-socialiste auquel le Premier ministre fait allusion a conduit à la Seconde Guerre mondiale, conflit connu comme le plus meurtrier de l'Histoire humaine avec plus de 60 millions de morts", a-t-il rappelé.

"Ce 24 mars 2019 est une bien triste date. Celle où le Mouvement Réformateur a glissé vers le plus abject", a conclu M. Di Rupo avant de citer feue Simone Veil, résistante et femme d'Etat française.

Sur Twitter, la coprésidente d'Ecolo Zakia Khattabi a qualifié les propos de M. Michel, en parlant de "honte" et d'"indignité".

"Si ces propos ont été tenus, ils sont honteux et insultants", a indiqué le chef de groupe PS à la Chambre Ahmed Laaouej. Porte-parole de la campagne socialiste, Paul Magnette a souligné que "quand on est à court d'argument, il reste toujours l'injure". L'ex-vice-premier ministre N-VA Jan Jambon s'est dit "déçu après 4 ans et demi de bonne collaboration". Il a dit ne "pas pouvoir apprécier de tels propos". L'ex-compagnon de route du MR Alain Destexhe s'est demandé "jusqu'où Charles Michel ira dans l'insulte".

"L'intention n'était pas d'utiliser une référence historique ou de créer la polémique"

"A aucun moment, Charles Michel ne s'est laissé aller à une comparaison avec les pires horreurs de la seconde guerre mondiale, il n'a fait que répété un argumentaire connu depuis des mois, le danger d'une alliance entre nationalistes et socialistes", a réagi dimanche auprès de l'agence BELGA le porte-parole du Mouvement réformateur pour la campagne, Georges-Louis Bouchez. "Ceux qui prétendent autre chose ont un schéma mental tel qu'ils se projettent dans un référentiel, régulièrement invoqué, chez Ecolo ou le PS, avec des expressions telles les rafles, la collaboration, le bruit des bottes", a-t-il ajouté. "Jamais le MR ne se laisse aller à des comparaisons aussi hasardeuses, et jamais il ne le fera", précise M. Bouchez. 

"L'intention n'était pas d'utiliser une référence historique ou de créer la polémique. Il s'agissait de mettre en garde contre un rapprochement entre la N-VA et le PS, comme cela a déjà pu se faire, et on constate d'ailleurs aujourd'hui que le PS défend la N-VA et inversement", ajoute-t-il dans une interprétation des réactions au lapsus de M. Michel sur le national-socialisme. Pour Georges-Louis Bouchez, il faut plutôt parler de "mots mangés dans la puissance du discours". Le porte-parole attend de ceux qui ont porté la critique dimanche, qu'ils "répondent sur le fond à l'argument d'une alliance entre le PS et la N-VA qui constituerait un cocktail nationaliste socialiste de blocage du pays". Selon lui, leur "réaction polémique vise à masquer l'absence de réponse sur le fond".