Belgique Le coût humain de l’opération militaire en appui de la police fédérale est lourd.

Le 17 janvier 2015, peu après le démantèlement de la cellule de Verviers et l’attentat de Charlie Hebdo , des militaires sont déployés dans les rues du pays. L’Opération Vigilant Guardian (OVG), la plus importante mission intra-muros depuis la Seconde Guerre mondiale, est lancée.

Deux ans plus tard, la Défense en dresse un premier bilan. Résultat des courses : l’OVG a permis à l’armée de redorer son blason. En effet, il ressort d’une étude indépendante - portant sur la perception des Belges à l’égard des militaires en rue - que la mission, mal accueillie à ses débuts, est à présent jugée positivement.

Autre constat, moins reluisant cette fois : au-delà de son important coût financier (55 millions pour les neuf premiers mois de 2016, comme nous vous le révélions en décembre dernier ), le coût humain de l’OVG est lourd. En effet, cette mission est considérée comme une mission à l’étranger. Cela signifie que les militaires ne peuvent ni rentrer chez eux tant qu’ils sont déployés en OVG ni voir leurs proches même si ceux-ci habitent dans la région. Ainsi, en 2016, les militaires ont passé au moins 200 jours hors de chez eux, sans voir leur famille. En d’autres mots : pour deux ou trois semaines en mission de surveillance, ils passent deux ou trois jours à la maison.

Les soldats ne le cachent plus : ils sont à bout. "Pour ceux qui ont des enfants ou une copine, ça devient vraiment difficile. Mais c’est le job" , soufflent deux militaires, en chœur.

Une réalité que n’ignore pas le chef des opérations de l’armée, le colonel Bart Laurent, qui concède que "au niveau de la vie privée, la charge sociale pour les soldats et leur famille pèse lourd" .

Mobilisés à tour de rôle - les rotations s’effectuent toutes les deux-trois semaines, sauf pendant les grandes vacances - pour assurer notre sécurité, de nombreux exercices et entraînements ont dû être annulés. OVG empêche aussi les militaires d’acquérir de l’expérience à l’étranger.

Bref, à la Défense, l’inquiétude plane : les militaires ne sont plus assez entraînés. "Les militaires restent qualifiés mais il y a une perte d’expertise. Parce qu’ils sont souvent déployés, ils ont de moins en moins l’occasion de faire des exercices complexes. Le risque, c’est que les jeunes cadres qui sont déployés depuis deux ans n’acquièrent que cette expérience-là, qu’ils grandissent et montent en garde en ne connaissant que les patrouilles en rue" , s’alarme le colonel Bart Laurent, qui parle d ’"expérience manquée." "Et une expérience manquée est une expérience perdue. Et une expérience perdue l’est pour toujours" .


Bart Laurent Colonel et chef des opérations de l’armée "Un militaire n’a pas le choix"

1. Selon vous, la mission OVG empêche les soldats de s’entraîner. Cela dit, la menace va probablement rester au même niveau et donc, les militaires dans la rue aussi…

"Oui. Je crains que les soldats ne perdent certaines capacités que l’on ne pourra plus récupérer si la mission se poursuit. Mais tant que le gouvernement nous demande de remplir cette mission, il est de notre devoir de le faire."

2. Une solution a-t-elle toutefois été pensée ?

"La seule possibilité, c’est de revoir le calendrier des entraînements, que nous avons décidé d’allonger. En 2016, il a été plus chamboulé que d’habitude et nous avons dû supprimer plusieurs exercices de grande ampleur. Ce n’est pas vraiment idéal."

3. L’année passée, les militaires ont été plus sollicités que jamais. On pense, par exemple, à la grève des prisons. En 2017, avec la fatigue, le rythme élevé des rotations, la colère par rapport à la réforme des pensions, etc., pensez-vous qu’il soit possible qu’ils disent un jour ‘cette fois, je n’y vais plus’?

"Je ne peux pas exclure qu’ils disent non. Mais ils le doivent, qu’ils le veuillent ou non. Il n’ont pas le choix : c’est leur boulot."