`Pour le regarder dans les yeux, il fallait du soleil´

BRUXELLES Il n'y avait pas que des personnalités de premier plan, ni seulement des parents, des familiers ou des amis, aux funérailles de Paul Vanden Boeynants. Il y avait aussi et c'est rassurant des dizaines d'anonymes que rien n'obligeait à faire le déplacement en cette froide journée. Ils étaient venus pour rendre hommage, un dernier salut, à celui qui avait toujours su leur parler et à qui ils vouent une admiration sans pareille.

Des braves gens qui, pour certains, mettaient les pieds pour la première fois à la cathédrale. Parmi ces anonymes, beaucoup d'anciens combattants qui se sont souvenus que Paul Vanden Boeynants fut leur ministre de la Défense Nationale, celui de la Belgique unie, du service militaire obligatoire. Celui aussi qui chouchoutait ses soldats parce qu'il savait qu'il pouvait compter sur eux. Ainsi Edouard Vermeulen, né il y a 77 ans au Vieux Marché, a-t-il fait le déplacement. Volontaire de guerre en 1944, il a rejoint le 4e bataillon des fusiliers belges attaché à la 9e armée américaine. Il est venu à la cathédrale pour rendre hommage à son ministre.

Charles Demoerloose, 63 ans, de Molenbeek, lui, est venu pour rendre hommage à l'homme, un homme qu'il a bien connu. `Un monsieur, un grand monsieur qui m'a donné à manger quand j'en avais besoin´. C'était à la fin de son service militaire, dans les années soixante. `Je n'avais pas de travail, j'étais depuis un jour au chômage. J'ai été voir M. Vanden Boeynants. M. Paul, est-ce que vous avez quelque chose pour moi? Il m'a regardé et m'a dit: Allez, viens avec moi. Il m'a trouvé du travail comme ouvrier à la brasserie Perle Caulier, qui se trouvait à la place du Manhattan. Et lorsqu'il y avait une campagne électorale, c'est nous qui la faisions. On collait ses affiches pour la liste numéro 7 à l'époque on distribuait ses jeux de cartes et ses gaufres. Et quand on avait faim, on les mangeait ses gaufres. Et ses jeux de cartes, parfois, on les donnait à des copains. Quelle époque´.

`Le plus grand chagrin de notre Paul, poursuit Charles, c'était la démolition du quartier de la chaussée d'Anvers. C'était notre village, son village. Il avait promis au curé Suinens de reconstruire l'église Saint-Roch, qui avait été détruite il y a une trentaine d'années. Malheureusement, le curé est mort avant qu'il ne puisse tenir sa promesse. Mais il l'a tenue et elle a été reconstruite´.

`Il était très fort pour les petits, pour les ouvriers. C'était un homme simple. C'est vrai qu'il pouvait être dur. C'est vrai aussi que pour le regarder dans les yeux, il fallait qu'il y ait du soleil. Mais si les indépendants et les petits ont reçu, c'est grâce à lui. Espérons qu'on trouvera encore un homme comme lui´.