Trois des juges d’instruction du président du Tribunal de 1re instance enquêtent sur les attentats de Bruxelles.

Trois juges d’instruction bruxellois - un néerlandophone et deux francophones: deux femmes - dirigent depuis mardi les enquêtes sur les Attentats de Bruxelles, alors que le nombre des magistrats instructeurs spécialisés en terrorisme à Bruxelles vient d’être porté de 3 à 5.

Cinq sur dix-huit, soit plus du quart des juges d’instruction bruxellois, “font” du terrorisme. Ils appartiennent au tribunal de première instance, dont Luc Hennart est le président. Pour ce dernier, “ce n'est pas de décisions “poudre aux yeux" mais de "moyens très précis et concrets” dont ces juges ont besoin pour travailler.

Par “moyens concrets”, le président Hennart ne va pas chercher loin et cite en exemple des questions basiques de greffier. Au lendemain des attentats, il en est toujours à demander pour ses juges “qu’ils ne soient pas gênés parce qu’ils ne disposeraient pas d’un greffier adéquat ou d’un personnel de police suffisant". Luc Hennart parle d’un “déficit” qui, selon lui,“se situe davantage au niveau des moyens en effectifs et en matériel”.

Et s’il se fait le porte-parole des juges d’instruction en charge des dossiers de terrorisme, c'est à l’évidence parce que “Aujourd’hui, il n'y a plus le temps d'attendre”. Et ce dont nos magistrats ont le plus urgemment besoin, c’est “d’équipes sur le terrain pour agir vite, bien et dans la discrétion”.

Notons que trente renforts prochains sont annoncés à la cellule antiterrorisme de la police judiciaire fédérale de Bruxelles. Quant au renforcement de la législation anti-terroriste, les attentats du 22 mars ne le font pas changer d’avis. “Je reste à dire qu’il ne faut pas modifier la législation. L’arsenal légal n'est pas mal en soi. Ce n'est pas ce dont j’entends se plaindre les juges d’instruction. Ce qu'ils demandent, ce sont des moyens suffisants. S’il y a un déficit, c’est à ce niveau. Restons très prudents sur les mesures attentatoires aux libertés individuelles. Plutôt que de prendre des mesures “poudre aux yeux”, je répète qu’il il faut donner aux juges les moyens très concrets de travailler”.

Pour Luc Hennart, le terrorisme actuel trouve ses racines dans la délinquance traditionnelle. C’est ce qui explique qu’à la différence de l’option choisie en France (création de pools de juges spécialisés terro), il a été décidé à Bruxelles de permettre aux “juges terro” de continuer de traiter aussi des dossiers de droit commun. “Cela s’est fait en accord avec les juges et cette approche est justifiée. L’expérience des dernières semaines l’a encore montré. La délinquance classique (drogue, armes, etc.) est une lucarne sur la matière du terrorisme”.

Quant aux médias, son devoir d’informer et les informations qui nuisent ?

Pour Luc Hennart, “c’est facile de jeter l’opprobe sur les médias. La presse est libre et doit le rester. Mais elle doit prendre ses responsabilités et les assumer. Si la presse lance une info, c’est parce que quelqu'un la lui a donnée. S’il y a un reproche à faire, c’est à celui qui a donné (l'info). Et qu’on ne me parle pas d’info communiquée “en off”. En terrorisme, le off the record, ca n'existe pas”.