Paul Magnette prend le défi carolo à bras-le-corps tout en cumulant avec la présidence du PS. Est-ce possible ?

CHARLEROI Jeudi soir, Paul Magnette devenait président du PS et bourgmestre à temps plein de Charleroi. Les chantiers nécessaires pour redonner à la plus grande ville de Wallonie tout son éclat. Entretien.

Quel est votre premier gros chantier à Charleroi ?

“C’est la réorganisation de l’administration. C’est très bien d’avoir des idées et des projets mais si on n’a pas les bonnes personnes pour les porter, ça ne marche pas. Mais je ne veux pas tout bouleverser. Il y a beaucoup d’agents de qualité. Par le passé, ils n’ont peut-être pas été mis dans les bonnes conditions pour travailler.”

Quelles sont vos cinq priorités ?

“La propreté, la sécurité, le cadre de vie, la formation, le logement, la mobilité… C’est arbitraire évidemment de n’en citer que cinq. Nous avons un plan qui prévoit 12 priorités.”

Les moyens sont-ils disponibles ?

“Nous sommes bien évidemment sous plan de gestion mais nous allons continuer à réfléchir pour dégager des solutions. Lors de la précédente législature, nous n’avons pas assez investi. Le problème concerne essentiellement le budget ordinaire. À savoir les frais de fonctionnement. Pour l’extraordinaire, il reste des moyens et des marges pour investir.”

Vous serez vraiment à temps plein à Charleroi ?

“J’ai clairement indiqué à mon parti que Charleroi était un défi important. Je serai présent lors de tous les collèges et à tous les conseils communaux. Je dois avoir un rôle fédérateur. Il faut aller chercher les forces partout où elles se trouvent. Toutes ces forces présentes au sein de la société civile. C’est plus que de la représentation, c’est donner un cap, un horizon.”

Comment voyez-vous Charleroi dans dix ans ?

“C’est une ville qui a d’énormes atouts. C’est une ville de bonne taille. Nous n’avons pas les problèmes de congestion comme à Bruxelles par exemple. Mais c’est aussi une ville où peuvent s’installer des commerces, des restaurants,… . Essayons d’être une ville où il fait bon vivre, une friendly city. Essayons d’avoir un petit centre urbain où on peut se balader et dans la foulée, chacun des quartiers pourra se redéployer.”

Qu’avez-vous envie de dire aux Bruxellois, aux Wallons et aux Flamands qui ont une image négative de Charleroi ?

“Venez voir, quittez vos préjugés, venez vous promener, passez-y une journée entière et vous verrez comme c’est une ville agréable et riche.”

Vous êtes à la tête de la plus grande ville de Wallonie. Bart De Wever est à la tête de la plus grande ville de Flandre. Au-delà du symbole, y a-t-il un match dans le match ?

“Je ne le vois pas comme ça. Ce qui m’agace profondément dans cette histoire avec Bart De Wever, c’est qu’il fait une provocation par semaine et qu’à chaque fois, il faudrait réagir. J’ai décidé de ne pas réagir. Si personne ne réagit, on ne l’entendra plus.”

À Charleroi, le passé est définitivement derrière ?

“Je pense que oui. Il n’y a plus personne qui m’en parle.”

Comment vivez-vous les attentes que vous suscitez ? Êtes-vous certain d’y parvenir ?

“J’essaye d’expliquer à chacun que dans la politique, il y a des cycles et des phases. 2013 sera une année difficile. Il y a des efforts douloureux qu’il faudra faire. Fort heureusement, il n’y a pas que la rigueur, des grands projets vont démarrer. Vous savez, quand je parle avec les gens, ils savent qu’ils n’ont pas élu un magicien.”

Comment Charleroi peut-elle rayonner en Europe ?

“On se positionne. J’ai demandé que Charleroi soit candidate pour organiser le Mondial des métiers en 2019. Ce type d’événement réunit des milliers de personnes venues des quatre coins du monde. Charleroi est une ville de travailleurs et cela nous donne une grande dignité. Il faut aller vers des projets en phase avec notre ville et son histoire. Dès 2014 ou 2015, nous allons lancer un grand festival des arts urbains et ce festival doit être ampleur européenne.”

Vous pensez que votre rôle de président du PS facilitera certaines choses pour votre ville ?

“Oui, c’est un accélérateur, il ne faut pas s’en cacher. Quand on doit prendre rendez-vous avec un ministre pour porter un dossier, en tant que président, c’est évidemment plus simple. Mais il faut aussi dire que si Charleroi a besoin d’investissements publics, elle a surtout besoin d’investissements privés.”



© La Dernière Heure 2013