La Belgique a rendu la monnaie de sa pièce à la France : elle a contourné le veto français pour la commémoration de Waterloo.

La Monnaie royale de Belgique a donc perdu une bataille au printemps dernier, lorsque la France s’est résolument opposée à la frappe d’une pièce de deux euros commémorant la bataille de Waterloo.

Elle ne s’est pas pour autant avouée vaincue : une pièce de… 21/2 euros commémorant cette même bataille a en effet été présentée hier, lundi, à quelques jours justement de l’anniversaire de la défaite de Napoléon sur les plaines brabançonnes.

"Cette pièce aura cours légal en Belgique", a précisé Bernard Gillard, Commissaire des Monnaies.

Par quel tour de passe-passe ? "Le Roi bat monnaie", précise Albert Frère, responsable de la gestion des stocks particuliers. Les émissions commémoratives de 2 euros doivent refléter des thèmes nationaux et, surtout, avoir le feu vert européen.

Rien n’empêche par contre la Belgique, ou d’autres pays, d’émettre une pièce de 3 ou 5 euros. Face au refus français, la Belgique a adopté un plan B, entériné par un arrêté royal.

C’est finalement une pièce de 2,5 euros qui sera frappée à 100.000 exemplaires, soit bien moins que les 280.000 anticipés pour la pièce commémorative de 2 euros.

Elle représente la butte du Lion surplombant une représentation schématique du champ de bataille.

Si cette pièce de 21/2 euros aura cours légal en Belgique - vous pourrez acheter votre DH avec ladite pièce - elle sera dans les faits réservée aux seuls collectionneurs. Et pour cause.

Cette pièce coûtera en effet 6 euros dans sa version coinçard (la pièce est insérée dans un support de la taille d’une carte de banque). La version luxueuse (30.000 exemplaires), reviendra quant à elle à 27 euros. Pour ce prix-là, vous aurez une présentation des protagonistes mais aussi des huit valeurs nominales en euro à l’effigie du roi Philippe.

Comment expliquer cette différence de prix entre la valeur faciale et le prix de vente ? "Il faut intégrer le coût de la création, du façonnage et du travail de gravure", précise Albert Frère. "Le montant demandé est très inférieur par rapport à d’autres pays."

La Monnaie propose également une pièce de 10 euros en argent, représentant cette fois une scène de la bataille. Elle sera vendue 42 ou 45 euros.

"Cette réaction française est ridicule"

Dans les kiosques parisiens ce lundi, le match France-Belgique se trouve en Une de nombreux canards.

Au lendemain d’une cinglante défaite 3 buts à 4, il est question d’un autre Waterloo pour les Français. De la bataille cette fois, et de ses pièces. "Cette histoire est ridicule, c’était il y a 200 ans. C’est du passé. Il faudrait plutôt s’attarder sur l’avenir", déplore Eric, kiosquier à la sortie du métro Guy Môquet, dans le 17e arrondissement de Paris.

Ce lundi, la Belgique commence à frapper la pièce de 2,50 € pour le bicentenaire de la bataille de Waterloo. Cette pièce pour collectionneurs n’était pas le projet initial de la Monnaie royale de Belgique. Cette histoire n’est même pas une blague belge. Elle est plutôt française. Une histoire à deux balles. Ou à deux euros plutôt. N’en déplaise au pays de Coluche. "La Belgique s’est rendu compte que la France ne voulait pas que la pièce de 2 € soit mise en circulation. Nous avons préféré retirer le projet et ne pas perdre de temps car l’Europe a des dossiers plus importants à gérer, mais nous voulions tout de même célébrer le bicentenaire de la bataille de Waterloo", explique Florence Angelici, porte-parole du SPF Finances.

200 ans plus tard, la France ne digérerait-elle toujours sa défaite ? "La bataille de Waterloo, c’est un sujet sensible. Cela signifie la fin de l’Empire pour la France, et c’est aussi une date importante pour l’Europe", analyse Philippe, cogérant de la librairie Sanfitea à la rue de la Jonquière. "On se réfère facilement à Napoléon pour illustrer la grandeur passée de la France. Dès lors, commémorer une défaite ne plaît pas à certains. Après, il faut prendre de la hauteur. Et dans ce cas-ci, la réaction française est vraiment excessive."

À l’ombre d’un auvent de boucherie, avenue de Saint-Ouen, Henriette, Marie et Jean-Jacques taillent le bout de gras. Le trio s’amuse d’entendre que la Belgique a eu le culot de frapper au moins une pièce pour collectionneurs. "Ah, vous l’avez quand même fait !", lance Henriette dans un sourire. "Les Français sont frileux sur ce sujet", ajoute Jean-Jacques, avant de souligner une incohérence dans la position française. "On refuse une pièce pour la bataille de Waterloo et d’un autre côté, la France a envoyé plusieurs bateaux pour les commémorations de la bataille de Trafalgar."

Cette bataille navale, qui s’est tenue en 1805, était pourtant une défaite pour Napoléon et ses troupes. "Toute cette histoire est vraiment ridicule", glisse encore le trio avant de conclure. "Cela donne finalement l’impression que nous n’acceptons pas notre propre passé, notre propre histoire."

Il n’y en aura sans doute pas pour tout le monde

Intéressé ? Ne tardez pas trop ! "Nous avons déjà reçu plusieurs milliers de demandes", explique en effet Albert Frère. Rien ne se sert toutefois d’aller frapper à la porte de la Monnaie Royale au boulevard Pachéco à Bruxelles : "Nous acceptons uniquement les demandes par courrier, par fax ou via notre site" (www.europemint.be), précise-t-il. "Il n’y a pas de limite du nombre de pièces par commande."

Si vous loupez le coche, sachez que d’autres pièces suivront dans les prochains mois : il y aura une pièce de 2 euros célébrant Mons, capitale de la Culture, en septembre ou encore une pièce pour marquer l’année du développement.

La Monnaie produit en fait une vingtaine de pièces de collection chaque année.

De quoi faire, aussi, une bonne affaire ? "L’évolution du prix de telles pièces dépend de l’offre et de la demande", explique encore le responsable gestion des stocks particuliers.

Pour savoir si la pièce Waterloo suscite les convoitises, il faudra donc patienter un petit peu.

Quelques-unes ont rencontré un succès phénoménal. "La pièce de 10 euros émise en 2004 à l’occasion du 75e anniversaire de Tintin s’est vendue à une vitesse phénoménale", rappelle Albert Frère. Vendue à 31 euros, son cours a depuis lors quintuplé.

Hergé n’a pas eu autant de succès que son célèbre reporter. En 2007, une pièce de 10 euros en argent était frappée à l’occasion du centenaire de la naissance de Georges Remi. Le stock n’a pas encore été épuisé.

"L’État s’engraisse sur le dos des Collectionneurs !"

La pièce commémorative de 2,50 € a été frappée ce lundi, à la Monnaie royale de Belgique, en présence du ministre des Finances, Johan Van Overtveldt (N-VA). Initialement, la Belgique souhaitait marquer le coup des 200 ans de la bataille de Waterloo en frappant une pièce de 2 €. Mais suite à l’opposition française, les autorités belges ont décidé de frapper une pièce de 2,50 €, qui n’existe pas encore en Europe, et qui n’a dès lors besoin d’aucune approbation des États membres.

Jean-Luc Van der Schueren, secrétaire général de l’Association internationale des numismates professionnels depuis 1997, voit l’entrée de cette pièce dans le circuit économique d’un mauvais œil : "Les États qui émettent ce genre de pièce le font pour gagner de l’argent sur le dos des collectionneurs", estime celui qui tient également une boutique dans le centre de Bruxelles.

"Si cette pièce de 2,50 € est vendue à ce prix, alors il n’y a pas de problème", explique-t-il. Or, pour se procurer la précieuse pièce, le collectionneur doit débourser la somme de 6 euros, et 27 euros pour s’emparer de l’ensemble, limité à 30.000 tirages, comprenant 9 pièces frappées (les 8 dénominations traditionnelles ainsi que la première pièce belge de 2,50 €). "30.000 tirages, c’est trop ! Que va-t-il advenir de ces pièces par après ?", s’étonne le secrétaire général de l’Association internationale des numismates professionnels. "L’État va donc s’engraisser financièrement sur le dos des collectionneurs puisque, normalement, le prix est fixé par le marché. Or, ici, c’est l’État qui fixe le prix. Certes, la demande, aujourd’hui, est grande. Toutes les pièces mises en circulation seront vendues sans aucun problème, mais il faut voir comment ça va évoluer dans le long terme", explique Luc Van der Schueren.

Selon lui, "la pièce sera toujours historiquement très intéressante pendant 6 mois, voire un an, mais elle sera désuète par après, à l’instar des pièces frappées en hommage à l’Exposition 58, au roi Baudouin ou même à Tintin."

"Lors du triomphe de l’équipe de France pendant la Coupe du Monde 1998, tous les Français se sont disputés pour s’emparer de la précieuse pièce à un prix relativement élevé, mais ces pièces n’ont qu’un temps", conclut Luc Van der Schueren.