Ce Bruxellois vivait dans la résidence La Cambre, submergée par le Covid-19.

Marlène a perdu son frère Michel en moins de 24 heures. Sans cérémonie. À l’instar des 178 victimes belges du coronavirus, Marlène n’a rien vu venir. Jeudi dernier, à 17 h, elle lui passe un coup de fil à la résidence La Cambre de Watermael-Boitsfort, très largement contaminée par le Covid-19. Elle lui parle pendant quelques minutes. "L’aide-soignant ne me dit rien de particulier et me passe mon frère", explique Marlène. "J’entends qu’il est enrhumé mais rien de plus." Six heures plus tard, à 23 h, un médecin appelle Marlène du home pour la prévenir que la situation était "très grave, qu’il faut l’hospitaliser". À minuit, "les urgences de la clinique Sainte-Élisabeth m’appellent pour m’annoncer que la situation se dégradait, qu’il n’y avait plus beaucoup d’espoir". Le lendemain à 16 h, Marlène apprend que le test Covid-19 est positif et que son frère a été placé sous morphine. Michel Leroy est décédé à 20 h. Soit moins de 24 heures après son admission aux urgences…

Marlène, qui visite son frère deux fois par mois, ne l’avait pas vu depuis trois semaines, le home étant confiné. "J’ai eu très peu de nouvelles. Une fois, on m’a dit qu’il avait fait un peu de fièvre, qu’elle était rapidement retombée. Et puis le home m’a téléphoné pour m’expliquer que c’était son dernier jour."

Aujourd’hui, elle en veut beaucoup à l’institution, qui n’a pas souhaité répondre à nos questions. "La maison de repos a été complètement dépassée par la situation. Jeudi, lorsque je l’ai appelé, ils l’ont laissé sortir de sa chambre, passer devant le bloc infirmier puis me l’ont passé au téléphone… Il était 17 h. À minuit, il était aux soins intensifs ! Comment ont-ils pu laisser sortir une personne infectée à 200 % dans les couloirs ? Ça me choque. Ces personnes n’ont pas été confinées. Le home était débordé. De nombreux employés sont rapidement tombés malades. Je peux comprendre qu’ils étaient dépassés mais, au final, on en arrive à des situations fatales comme le décès de mon frère et de tant d’autres personnes. C’est dramatique."

Arrivé à La Cambre en janvier dernier, Michel Leroy souffrait d’un léger handicap et de pathologies en comorbidité telles que du diabète et des problèmes respiratoires. "Cela a fait de lui un oiseau pour le chat. C’est un drame qui frappe beaucoup de gens, je le sais très bien. Je veux juste dire que la disparition peut être rapide, brutale, dénuée de tout sens dans notre conception de l’humanité. C’est aussi violent qu’un accident de voiture. Vous parlez à quelqu’un à 6 h du soir, et à minuit il est parti."

Michel a eu droit à des funérailles en mode mineur, comme c’est le cas pour tout le monde en ce moment. "Pas de prêtre, pas de faire-part, j’ai dû faire des pieds et des mains pour pouvoir assister à la dispersion des cendres. Dans ces circonstances, il n’y a pas d’accompagnement, pas de visite, pas de cérémonie, pas de faire-part, pas de prêtre. La plupart du temps vous partez seul…"

Pour Marlène, ce témoignage dans la presse lui permet de rendre un dernier hommage à son frère. Elle souhaite également faire passer un message aux Belges qui ne jouent pas le jeu du confinement. "Ceux qui partent partent vite et, surtout, ils partent seuls", prévient-elle. "On vit dans une société où chacun d’entre nous a ses habitudes, son confort, ses petites routines… Avec cette pandémie, on se rend compte que le système s’effondre totalement."

© D.R.