La jeune migrante avait été victime d'un tir. Le comité de soutien est perplexe: "Le policier n'a pas été inculpé". Et il lance un appel aux dons pour aider la famille à payer les avocats.

Mawda, 2 ans, a été tuée dans la nuit du mercredi 16 au jeudi 17 mai 2018, sur l’E42 à hauteur de Nimy-Maisière près de Mons. La jeune migrante a trouvé la mort au terme d'une course poursuite entre une camionnette de migrants et la police. C'est suite à un tir d'un policier, alors que celui-ci dit avoir visé les pneus, que la petite a succombé.

Aujourd'hui, le rappeur bruxellois Code Rouge, le comité justice et vérité pour Mawda et Nouvelle Voie Anticoloniale lancent un appel aux dons sur la plateforme leetchi.com. "Nous avons besoin de minimum 5 000 euros (idéalement 10 000 euros) pour permettre à la famille de rétribuer le travail des avocats. "

C'est dans le cadre de cet appel que Code Rouge a écrit une chanson et réalisé un clip titré "Battements de cœur". "Je sais pas ce qui est le plus choquant dans ce pays. Le meurtre d'une fillette ou le silence qui en a suivi ?", dit-il dans cette chanson.

" Qu'on ait pas, jusqu'ici, réussi à développer un sentiment d'empathie nationale suite à la mort d'une fille de 2 ans relève, un mon sens, d'un problème profond", nous explique-t-il."Il y a déshumanisation des migrants."

Les auteurs de cet appel aux dons énoncent leur perplexité.

" Le policier qui a tué Mawda n’est toujours pas inculpé, tandis que le chauffeur présumé, lui incarcéré, est considéré comme co-auteur (...). " Et le comité de poursuivre: "L’instruction a été jusqu’ici principalement menée à décharge du policier."

Contacté ce vendredi, l'avocat du policer, Maître Laurent Kennes, réagit comme il l'avait déjà fait dans la DH du 16 mai: "L’inculpation ne change rien à ce stade puisque le ministère public doit encore décider de renvoyer ou non mon client devant le tribunal. Quand l’avocate des parties civiles dit que la justice n’osera jamais aller jusqu’au bout sous prétexte que mon client est policier, cela jette le discrédit sur la justice et c’est inacceptable. C’est aussi une méconnaissance du droit que de penser qu’en n’étant pas inculpé à ce stade, mon client est avantagé."

A travers son action, le comité de soutien met aussi en cause le "cadre des opérations policières de traque aux migrants, c'est-à-dire les opérations Médusa, par le gouvernement Michel ainsi que les événements ayant eu lieu juste après le meurtre." Et réclame une "enquête parlementaire indépendante".

" Nous savons que l’affaire Mawda prendra du temps. Nous savons qu’il faudra aller jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme après avoir épuisé tous les recours possibles en Belgique. Et nous savons que cela prendra une dizaine d’année."

Régularisation provisoire pour la famille

Juste après le décès de Mawda, le père, la mère et le frère reçoivent un ordre de quitter le territoire. Et ils apprennent que le corps de la petite Mawda sera enterré au « carré des indigents » du cimetière de Jolimont.

Le comité "Mawda" demande alors que soit postposé l’enterrement et que la famille soit régularisée sur base d'une jurisprudence européenne qui permet d’octroyer aux étrangers un droit de résider sur le territoire où est inhumé un membre de leur famille. Des rassemblements sont organisés à Bruxelles, Liège, Mons, Gand,...

Finalement, Mawda est enterrée selon le rite islamique dans le carré musulman du cimetière d’Evere.

La famille de Mawda obtiendra, 9 mois plus tard, une régularisation d’un an renouvelable. Le tribunal de Bruxelles a jugé que la famille se trouvait dans une « situation de force majeure qui rend impossible son retour dans son pays d’origine ou dans un autre pays ».

Elle vit actuellement à Bruxelles.

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