"L’immobilisme est le premier argument des séparatistes !" Cette conviction de Mischaël Modrikamen l’a poussé à se dire ouvertement favorable au confédéralisme et à une coalition avec Bart De Wever. Pari risqué côté francophone. Nos confrères de LaLibre.be se sont entretenus avec Mischaël Modrikamen.

Le Parti Populaire est le seul parti du Sud du pays à prôner le confédéralisme et à vouloir entrer dans un gouvernement avec la N-VA de Bart De Wever. Se profiler ainsi pourrait pourtant effrayer certains francophones, non ?

Pas les électeurs raisonnables qui ont une vision d’avenir. Pour nous, la N-VA est un des leviers qui peut faire bouger la Wallonie. Sans les réformes nécessaires, la Wallonie ne s’en sortira pas. Elle est en état de faillite. Faut le dire aux Wallons, et sortir du mensonge !

Pourtant, le PP était belgicain à sa création…

Oui, sous l’influence de Rudy Aernoudt. Moi, je regarde les faits et constate qu’il y a quatre démocraties ou sensibilités démocratiques qui cohabitent. Là où De Wever se trompe, c’est sur Bruxelles… qui a une véritable identité. Si on veut maintenir l’unité de la Belgique, il faut en tenir compte, voir ce qu’on fait encore ensemble et réformer ! Comme les Belges, je ne veux pas le séparatisme, mais pour l’éviter, il faut faire les réformes qui s’imposent en Wallonie. L’immobilisme est le premier argument des séparatistes.

Plus que jamais vous vous voyez vice-Premier de Bart De Wever ?

Disons plutôt qu’on se voit dans un gouvernement.

Il vous faudra trouver des alliés francophones. Qui pourrait vous appeler autour de la table ? Même le MR, c’est peu probable.

Ce sera la Flandre qui déterminera les forces en présence au fédéral. Si les Flamands veulent un gouvernement de centre-droit, ils seront ravis de trouver des partenaires francophones qui ont la même vision socio-économique qu’eux. Nos partenaires ? C’est le MR… quoi qu’il en dise. Peut-être le cdH, à voir… Ils n’auront pas le choix si cela s’impose mathématiquement et si c’est la volonté des Flamands.

Vous avez des contacts avec Bart De Wever ?

Contrairement à Magnette, j’ai son numéro de gsm ! Je pourrai le lui envoyer s’il le souhaite… On a eu quelques contacts avec la N-VA, car on a discuté d’un cartel sur Bruxelles. Nos relations sont cordiales.

La N-VA se montre assez dure envers les chômeurs. Le PP est-il pour une limitation des allocations chômage dans le temps ?

Nous n’avons jamais dit ou souhaité cela. Nous disons simplement qu’il n’y a pas de droits sans obligations. Après un certain temps, les chômeurs doivent prester en faveur de la communauté. Ce n’est pas une sanction ! Il est important d’être intégré dans le tissu social. Le travail en fait pleinement partie.

Notre dernier sondage vous crédite de 4% à 6%, selon qu’on regarde à Bruxelles ou en Wallonie. Vous pourriez décrocher quelques sièges de députés, mais pas de quoi bouleverser l’échiquier politique.

D’autres sondages nous donnent plus… Nous verrons le 25 au soir combien de sièges nous aurons dans les assemblées. Il est clair qu’avec un siège ici ou là, on ne pèsera pas grand-chose, mais si on a 3 ou 4 élus au fédéral, 4 ou 5 dans les régions, et le siège de Luc Trullemans à l’Europe on deviendra un élément à prendre en considération. D’autant que les dotations nous permettront de nous organiser pour la suite des choses.

Moins de 10 élus, ce serait une déception ?

Je confirme que si on ne perce pas cette année, il faudra en tirer les conclusions. Un élu, ce serait très décevant vu la volonté de changement qu’expriment les gens. Sans élu, je quitterai la politique immédiatement.

A la droite de la droite, Aldo-Michel Mungo et Laurent Louis – anciens du PP - font tout pour vous discréditer. Concrètement, qu’est-ce qui vous différencie d’eux ?

D’abord, nous sommes un parti structuré et responsable, ce sont des groupuscules ! Le PP, comme la N-VA, est un parti de rupture. Enfin, leurs actes parlent pour eux. Regardez le Louis qui s’est vautré dans l’antisémitisme le plus abjecte et Mungo qui est prêt à s’allier avec les gens qui défendent les idées qu’il combat. Leurs actes parlent pour eux.

Les politiques vous qualifient régulièrement "d’extrême droite", Benoît Lutgen parle même de parti "fascisant". Les politologues parlent de "droite extrême ou dure". Vous vous qualifiez comment ?

Nous sommes un mouvement de droite décomplexée sans lien ou origine extrémistes. Tous les politologues disent qu’on n’est pas d’extrême droite, donc il faut arrêter d’esquiver le débat…

En 2010, le PP se comparait à l’UMP de Sarkozy. En 2013, vous évoquiez vos points communs avec Marine Le Pen. En 2014, vous vous comparez à qui ?

Le PP est en rupture, mais chacun a son ADN propre. J’ai eu des contacts avec Marine Le Pen, mais aussi avec la garde rapprochée de Nicolas Sarkozy… on en fait moins de cas, c’est tout ! Aujourd’hui, on a des liens étroits avec le britannique Farage, qui est d’ailleurs plus eurosceptique que nous ne le sommes. Mais on se retrouve avec eux, comme avec la N-VA, sur le plan socio-économique. On a des contacts avec l’UDC, mais je ne suis pas suisse… Le PP, c’est notre ADN, inutile d’aller chercher ailleurs.

Pourquoi vous êtes-vous radicalisé depuis 2010 ? Un effet des sondages qui indiquaient que c’était des sujets porteurs ?

Tout simplement, le parti est devenu ce que je voulais intimement qu’il devienne. Au départ, la ligne a été influencée par la présence de Rudy Aernoudt. Lui est belgicain, je ne le suis pas. Lui est un libéral de gauche sans intérêt particulier pour l’immigration par exemple. C’est un type de gauche, un Ecolo bobo en quelque sorte. Nous sommes une droite décomplexée et populiste.

Etes-vous, comme Luc Trullemans, favorable au rétablissement de la peine de mort ?

Ce n’est pas dans notre programme, ce serait d’ailleurs contraire à la Cour européenne des Droits de l’Homme. Mais à titre personnel, même si cela a pu choquer, je n’y suis pas contre pour des condamnés comme Marc Dutroux qui ont assassiné plusieurs personnes.

Luc Trullemans disait il y a peu qu’il ne s’intéressait aucunement à la politique. L’avoir mis en tête de liste à l’Europe, est-ce une provocation, un symbole ou une opportunité ?

Une provocation certainement pas, un magnifique symbole ! C’est avant tout un grand monsieur, un grand météorologue, un grand scientifique. C’est aussi un homme courageux qui a osé poster sur son compte Facebook des messages forts – certes excessifs – qui sont approuvés par une très large majorité de Belges. Il est le symbole d’une injustice incroyable. Il est agressé, il dit que les étrangers qui ne respectent pas nos valeurs doivent partir, puis il est licencié !

Mais "ces étrangers" sont souvent des Belges…

Ils ont souvent la double nationalité. Quoi qu’il en soit, le principe reste le même si vous êtes l’enfant d’étrangers et que vous ne respectez pas les valeurs et règles. Pour moi, le droit du sol peut être remis en cause ! L’Angleterre est l’un des premiers pays à l’avoir fait.

Vous voulez retarder l’âge de la pension au-delà de 65 ans. Tiendrez-vous compte des métiers pénibles.

Evidemment, on réalise qu’un travail sur chantier n’est pas un travail administratif. Mais je voudrais surtout que l’âge légal de la pension soit respecté, car trop de gens arrêtent de travailler dès 59 ans. A tout le moins, respectons la loi. Non pour pénaliser les gens, mais parce que le système est tout simplement impayable alors que l’espérance de vie augmente.

Une question plus personnelle. On entend que depuis que vous êtes entré en politique, vous seriez devenu infréquentable. Est-ce le cas ?

Pas du tout ! Je suis un avocat d’affaires, qui était dans l’un des cabinets les plus en vue et les plus rentables. On venait me voir de tous les côtés pour me confier des dossiers et je gagnais beaucoup d’argent. Mais on est dans un système de réseaux où tout le monde se connaît. La Belgique est un village. Et personne ne comprend comment j’ai pu mettre tout cela de côté pour m’engager dans la chose publique. Dans n’importe quel pays on dirait "Ce type est admirable !". Ici, on ne comprend pas mon choix d’abandonner tout cela pour me consacrer à la vie publique. Ce que je ne regrette pas un seul instant…

Vous ne voulez pas admettre avoir perdu des amis et ou que certains ne souhaitent plus être vus en votre compagnie ?

Ecoutez, peut-être que mes critiques contre la politique et les affaires n’ont pas plu dans un certain establishment, mais j’y ai gagné tellement d’amis. Vous devez venir à nos meetings et voir comment cela se passe ! Je me retrouve dans le fond du Borinage à partager un spaghetti avec 30 militants, c’est incroyable ! C’est une solidarité et une chaleur vraie. Croyez bien que je n’ai aucune nostalgie pour quelconque dîner mondain ou guindé par rapport à cette expérience formidable. Mes vrais amis sont restés. Alors oui, Delusinne n’est plus un ami ! (NDLR : Philippe Delusinne est le patron de RTL Belgium qui a licencié Luc Trullemans)

Vous avez perdu beaucoup d’argent dans l’aventure ?

Je ne le vois pas comme une perte ! Disons que j’ai moins gagné, mais je traite encore certains gros dossiers. Après avoir bien gagné ma vie, j’avais cette liberté.


Un entretien de Dorian de Meeûs