Il ne sera plus administrateur délégué, mais bien… directeur général.

La pression est montée durant toute la journée. Ce mercredi, peu avant 18 h, la décision est tombée. Non, Stéphane Moreau ne siégera plus au CA de Nethys, dans lequel il perd son droit de vote. Mais il reste bien aux commandes de cette société anonyme, dont l’intercommunale Publifin est le principal actionnaire. La quasi-totalité du pouvoir politique wallon voulait sa peau. Mais l’ex-bourgmestre d’Ans a décidément le cuir épais…

Inattendu ? Pas tant que cela. Car Stéphane Moreau conserve des soutiens au très influent PS liégeois, où d’aucuns le décrivent encore comme "un capitaine d’entreprise hors pair".

Son poste d’administrateur délégué serait transformé en un contrat de directeur général. Une situation qui pourrait n’être que provisoire. Car, selon Le Soir, le nouveau CA pourrait encore se pencher sur la question de son licenciement.

"Stéphane Moreau ne doit plus siéger au CA de Nethys", avait asséné ce mercredi Elio Di Rupo, président du PS, dans un tweet. Comme avant lui Olivier Chastel, président du MR, et Dimitri Fourny, chef de groupe CDH.

La ministre des Pouvoirs locaux, Valérie De Bue (MR), le reconnaissait cependant hier matin : "Le gouvernement n’a pas à ce stade la comp étence pour faire partir Moreau."

Si la ministre wallonne, qui possède la tutelle sur les intercommunales, n’a pas ce pouvoir, qui donc pourrait l’avoir ? "Seul le conseil d’administration de Net-hys est habilité à désigner son administrateur-délégué", nous précise le cabinet De Bue. "Notre rôle se limite à un contrôle de la légalité organique d’une intercommunale. Alors, bien sûr, Valérie De Bue souhaitait que Stéphane Moreau s’en aille. Mais nous ne voulons pas nuire au développement économique wallon. Publifin, cela représente 3.000 emplois en Wallonie."

Le gouvernement wallon n’a cependant pas dit son dernier mot. Le décret "gouvernance" est en cours d’élaboration. Il doit fixer, notamment, un plafond de rémunération de 245.000 euros maximum par an pour un administrateur.

L’ex-bourgmestre d’Ans verrait ainsi sa rémunération divisée par trois, au minimum. Une stratégie détournée pour pousser Stéphane Moreau vers la sortie, donc… "Nous espérons que ce décret soit très rapidement suivi d’application. À ce moment-là, les membres du CA seront libres d’accepter les termes du contrat ou de s’en aller", reprend Ingrid Kempeneers, porte-parole de Valérie De Bue. Au risque que Stéphane Moreau exige (et obtienne) un parachute (très) doré.

Mais la ministre n’a-t-elle aucune autre solution ? "Non, aucune. Même si je note une forme de courbe rentrante dans le chef de Valérie De Bue, par rapport à ce qu’elle disait il y a un mois. La meilleure manière de faire avec Stéphane Moreau, c’est de l’attaquer de front, via la rémunératio n", note Pierre-Yves Dermagne (PS), ex-ministre des Pouvoirs locaux. Le prédécesseur de Valérie De Bue avait lancé, avec Paul Magnette, une grande réforme de la gouvernance, stoppée par le changement de majorité. "Dans ce dossier, elle a perdu six mois. Nous avions pour objectif de faire voter la réforme avant le 21 juillet, regrette Pierre Yves Dermagne. Nous avions pourtant transmis nos dossiers à l’équipe de Valérie De Bue, sur clé USB, pour lui faciliter la tâche et qu’elle puisse rapidement reprendre et retravailler les textes. Tout était quasi prêt."

Pour rappel, PS, MR, CDH et Ecolo s’étaient mis d’accord pour demander une recomposition du conseil d’administration, afin d’y désigner des administrateurs experts. Hier soir, neuf administrateurs ont été désignés. Les trois anciens ont été confirmés et six nouveaux ont été désignés. Ecolo a refusé de désigner son administrateur, en signe de protestation.


Nethys : Eerdekens (PS) flingue le PS liégeois

Les dernières polémiques sur le maintien ou non de Stéphane Moreau à la tête de Nethys commencent à échauffer les esprits. En particulier celui de Claude Eerdekens, le bourgmestre socialiste d’Andenne, connu pour son franc-parler. Après le scandale des rémunérations indues chez Publifin (la maison-mère de Nethys), Claude Eerdekens estime qu’il n’y a plus lieu de tergiverser : Stéphane Moreau, qui avait dû renoncer à sa carrière politique au PS après les révélations, doit également partir de l’entreprise qu’il dirige. Mais il y a de la résistance au sein du PS liégeois, estime Claude Eerdekens dans un courrier transmis ce mercredi à son président de parti, Elio Di Rupo. Il y cible très clairement Willy Demeyer (PS), bourgmestre de Liège et ex-président de la fédération liégeoise du PS. "Seul Ecolo a une attitude digne."

"Cher Elio, écrit-il, il est incompréhensible que le PS national puisse cautionner ce qui se fait à Liège. Malgré tout le tort fait au parti depuis décembre 2016 (le début du scandale Publifin, NdlR), en faisant fi des recommandations de la commission d’enquête du parlement wallon, Willy Demeyer et les directions liégeoises des autres partis veulent maintenir Stéphane Moreau à la direction de Nethys. Willy Demeyer, pour les raisons que l’on imagine, le défend. Seul Ecolo a une attitude claire et digne."

Claude Eerdekens fait également part de son agacement face à ce qu’il perçoit comme une inertie coupable de la part d’Elio Di Rupo dans l’affaire Publifin : "Ce dossier, c’est l’histoire de l’honneur perdu du PS qui se prépare à la pire débâcle électorale de son histoire. Dans la région liégeoise notamment. Que fait le PS national ? Rien ! Il est au balcon !"