Céline Nieuwenhuys, secrétaire générale de la fédération des services sociaux, est une des experts qui conseillent les responsables politiques depuis le début de la crise sanitaire. Elle a fait partie du GEES (le groupe d’experts en charge du déconfinement), aux côtés d'épidémiologistes et d'économistes. Elle y était la seule représentante du milieu social. Dans une vidéo très commentée et partagée sur les réseaux sociaux, Céline Nieuwenhuys a récemment expliqué les coulisses de la de la gestion politique de l'an dernier. Ce matin, elle était l'invitée de La Première.

"On continue à gérer cette crise comme si elle allait s'arrêter après demain", a-t-elle déploré à la radio. "On est entré [dans cette crise] en apnée en mars dernier en se disant qu'en été ça irait, qu'en octobre ça irait", estime la secrétaire générale. "Tirer les leçons, ce serait se préparer à vivre avec un virus et pas seulement recoller les morceaux ou réparer à chaque fois qu'on sent qu'il y a quelque chose qui craque dans le système. Et à ce niveau-là, on n'a probablement pas encore tiré les leçons. On reste dans une gestion de l'urgence. On n'anticipe pas encore les coups à venir. Or, je pense que la population a besoin de sentir que, cette fois-ci, le gouvernement anticipe."

"Quand on parle d'économie, on parle de sauvetage du pays. Par contre, quand on parle de pauvreté, on fait de la politique", avait déjà expliqué Céline Nieuwenhuys. Aujourd'hui, elle dénonce l'absence de vision à long terme, aussi pour les personnes les plus précaires. "On se dit que les CPAS vont devenir la sécurité des pauvres de demain. On se mobilise pour assurer l'accueil dans les CPAS, pour fournir plus de colis alimentaires, mais ce n'est pas un horizon ça !"


Alors la secrétaire générale de la fédération des services sociaux lance un appel à la solidarité générale : "l'actuel débat sur les libertés occulte la notion de solidarité. Il me semble qu'on est à une limite où chacun essaie de gratter son espace de liberté. Or aujourd'hui, ce qui m'inquiète, c'est plus la question des inégalités que celle des libertés. Cette crise vient nous rappeler l'importance de la solidarité. Je pense que le politique doit maintenir et soutenir cette solidarité."

"Quand est-ce qu'on va pouvoir rouvrir Francorchamps ou les parcs d'attractions ?" C'est ce genre de questions qui se posaient au sein du groupe d'experts lors de la première vague, dévoilait récemment Céline Nieuwenhuys. Beaucoup plus souvent que les questions relatives à la misère sociale. Et c'est annoncé, les parcs d'attractions vont rouvrir pour les vacances de Pâques. Celle qui conseille les responsables politiques ne semble pas étonnée. "L'histoire se répète (...). Tout ce qui est à la marge et tout ce qui n'est pas sous nos yeux, c'est-à-dire les services sociaux et les personnes précaires qui ne sont pas des lobbys, on peine à s'en occuper", observe-t-elle. Il y a pourtant des mesures prises et des ministres en charge de l'aide sociale. "Certaines mesures prises aujourd'hui, on se demande si elles sont applicables, tenables et si elles ne viennent pas renforcer les inégalités", conclut l'invitée.