Belgique L’ambassadeur d’Algérie livre sa vision sur la polémique suscitée par la non-exécution des ordres de quitter le territoire du terroriste Khaled Babouri.

"On est des deux côtés entre cet agresseur immonde qui est de nationalité algérienne et cette victime innocente qui est belge d’origine algérienne", se désole l’ambassadeur d’Algérie auprès de la Belgique, Amar Belani, qui s’est rendu ce mardi après-midi à Charleroi pour apporter tout son soutien à la famille de l’une des deux policières blessées; celle de Hakima dont il a pu rencontrer le papa.

Et le diplomate d’insister d’entrée de jeu : "Nous condamnons de la manière la plus ferme cet acte abject et nous disons toute notre sympathie, toute notre compassion, toute notre solidarité non seulement aux deux policières touchées mais aussi à leurs familles, leurs proches, leurs collègues."

Quant à la polémique suscitée suite à la non-exécution des deux ordres de quitter le territoire qui avaient été délivrés en 2012 et 2014 au terroriste Khaled Babouri, l’ambassadeur ne la voit pas du tout sous le même angle que nos autorités. "La coopération entre l’Algérie et la Belgique existe : elle est pragmatique, elle est constructive. On n’a pas besoin d’accords bilatéraux de réadmission. Avec tous les pays, nous avons une très bonne coopération en matière de réadmission de ceux qui séjournent de manière irrégulière".

La preuve, selon lui? "L’année dernière, 155 Algériens qui étaient en situation irrégulière en Belgique ont été rapatriés vers l’Algérie avec la bonne la coopération des services consulaires algériens parce que, dans ces cas-là, on avait été saisi et il y avait un travail qui avait été fait avec l’Office des Étrangers".

Et de préciser : "Mais dans le cas de monsieur Babouri, nous n’avons absolument reçu strictement aucune demande, aucune sollicitation de la part de l’Office des Étrangers quant à son identification comme étant un Algérien et, à plus forte raison, nous n’avons rien reçu quant à l’exécution de la mesure d’éloignement vers l’Algérie."

Autrement dit, d’après l’ambassadeur, si la Belgique en avait fait la demande, Khaled Babouri aurait eu toutes ses chances d’être rapatrié dans son pays natal : "Bien sûr, nous collaborons sur tous les cas pour lesquels nous sommes saisis; chaque fois qu’on a été saisi et qu’il a été déterminé que l’intéressé était algérien, la coopération s’est enchaînée de manière tout à fait mécanique."

Et d'expliquer la procédure : "Dans ce genre de situation, notre procédure, c’est d’envoyer un agent consulaire interviewer l’intéressé pour pouvoir recueillir un maximum d’informations sur lui afin de diligenter en urgence une enquête en Algérie et de confirmer qu’il s’agit bien d’un Algérien. Puisque beaucoup se débarrassent de leurs passeports en arrivant ici et se disent ensuite algériens alors qu’ils sont marocains ou tunisiens. Une fois que cette identification est faite, on établit un laissez-passer et on évacue la personne vers l’Algérie avec le premier avion disponible."


Le dossier pas jugé prioritaire

Du côté de l’Office des Etrangers, sa porte-parole, Dominique Ernould, confirme que l’Algérie n’a pas été saisie dans le cas du terroriste Khaled Babouri (voir ci-contre) parce que "les éléments analysés n’ont pas laissé penser qu’il s’agissait d’un dossier prioritaire". Et de développer : "On éloigne parfois des Algériens quand on obtient un laissez-passer. Mais ce n’est pas facile parce que les ambassadeurs tournent et changent tous les trois, quatre ans. Donc, il faut aller faire des visites de courtoisie, négocier, se présenter. La politique de l’un ne sera pas nécessairement la même que son remplaçant. C’est toujours très compliqué, cela prend du temps, c’est protocolaire, c’est diplomatique. Alors que, quand on a un accord bilatéral de réadmission, on a une base juridique légale et on ne doit plus tergiverser. On continue donc de négocier en ce sens avec l’Algérie."

Quant à savoir pourquoi la demande de régularisation pour raison médicale introduite par le terroriste avait été refusée. "La philosophie, c’est toujours de savoir si les soins sont disponibles et accessibles dans le pays d’origine et les soins sont accessibles pour l’épilepsie en Algérie. Même pour la plus grande partie des pays africains, on considère que la pathologie du sida est soignée aussi bien là-bas, si pas mieux qu’en Europe".