La ministre de l'Education en Fédération Wallonie-Bruxelles Caroline Désir (PS) a rejeté mercredi l'idée que l'apprentissage accru du numérique à l'école prévu dans le cadre du Pacte d'excellence soit financé, même en partie, par les parents, notamment par l'achat de matériel informatique.

"Il n'est nullement envisagé de faire porter le coût (de ces apprentissages) sur les parents", a assuré mercredi la ministre lors d'un débat en séance plénière du Parlement sur l'enseignement du numérique à l'école.

Demander aux parents d'équiper leurs enfants constituerait une source d'inégalité supplémentaire entre élèves et serait en outre contraire à l'objectif de gratuité de l'enseignement que la majorité arc-en-ciel s'est fixé, a-t-elle souligné.

A cet égard, Mme Désir a affiché mercredi sa "prudence" vis-à-vis de l'asbl Educ IT qui vient de lancer un projet-pilote d'éducation au numérique dans quelques écoles de Wallonie, lequel passe par l'obligation pour les parents d'acheter un ordinateur à leur enfant.

Dans le cadre du futur tronc commun de la maternelle jusqu'à la 3e secondaire, le Pacte d'excellence a prévu de renforcer les compétences numériques des jeunes francophones, en équipant les écoles en ordinateurs et connexion, mais aussi en formant les enseignants.

"L'objectif est d'assurer un équipement et une connexion minimale pour toutes les écoles", a indiqué Mme Désir, sans toutefois avancer de montant précis sur les moyens financiers nécessaires.

Elle a dit toutefois vouloir travailler de concert avec la Région wallonne et la Région bruxelloise, notamment pour financer les besoins en connectivité, ainsi qu'explorer toutes les opportunités de financement européen pour relever ce défi.

Disposant de moyens financiers limités, la Fédération Wallonie-Bruxelles est à la traîne en termes d'équipement informatique dans les écoles. On recense un ordinateur pour neuf élèves en Wallonie, et même un pour onze élèves seulement à Bruxelles, alors que les écoles flamandes disposent d'un ordinateur pour trois élèves en moyenne.

Un récent rapport de Digital Wallonia a aussi mis en exergue la sous-utilisation par les enseignants wallons des outils numériques mis à leur disposition.

Faute formation, seuls 27% des enseignants disent se sentir à l'aise pour utiliser le numérique pour leurs apprentissages.

Le débat sur ce sujet mercredi en plénière du Parlement a montré une grande diversité d'opinions entre groupes, et parfois au sein même des familles politiques.

Ainsi, si la MR Sybille Decoster-Bauchau a encouragé l'école à épouser la révolution numérique, sa coreligionnaire Véronique Durenne a, elle, mis en garde sur les risques liés à l'usage intensif des écrans pour la santé des enfants, leur vue notamment en raison de la lumière bleue émise par les écrans.

Dans la majorité également, Ecolo a insisté pour "ne pas courir après le progrès (numérique), mais de le modeler à notre goût (...) pour qu'il soit au service des citoyens avant tout".

"Plutôt que de coder, il faut décoder le monde numérique et le regarder avec un regard critique", a plaidé Margaux De Re.

L'opposition PTB s'est montrée en plus critique encore. Tout en se disant favorable à l'enseignement du numérique à l'école, la formation marxiste a insisté pour que cela ne coûte rien aux parents. Ni n'entraîne une "gabegie environnementale". Ou que cela n'affaiblisse la relation pédagogique enfant-élève au profit d'une relation "d'auto-apprentissage" enfant-ordinateur.

"Mais le plus important, c'est que l'introduction du numérique à l'école ne soit pas un soutien au marché", a exhorté Jean-Pierre Kerckhofs.

Dans l'opposition également, le cdH a insisté sur la nécessaire transversalité des apprentissages numériques dans toutes les disciplines enseignées à l'école.

Enfin, pour Défi, Joëlle Maison, a dit redouter que l'apprentissage du codage passe demain avant la bonne maîtrise de la langue.

Citant plusieurs études sur le sujet, elle a dit redouter la formation demain par l'école de "crétins numériques" dépourvus d'esprit critique ou d'empathie notamment