Belgique

Le PTB claque la porte des négociations pour la formation d'un gouvernement wallon. Le PS assure avoir honêtement joué le jeu pour former une majorité. Les deux camps se renvoient la balle de l'échec des négociations. La prochaine majorité wallonne devrait donc réunir le PS et le MR. La présence ou non d'Ecolo est la dernière grosse incertitude. "Les négociations sont terminés", assure Raoul Hedebouw.

Après les deux rencontres de ce mardi avec le PTB, le PS comptait revoir Raoul Hedebouw et les négociateurs de la gauche radicale jeudi à Namur. L’invitation avait été lancée et était maintenue malgré les tensions apparues entre les deux partis.

Nous ne viendrons pas. Dans ce cadre-là, sans rupture, ça ne sert à rien de revoir le PS”, a affirmé mardi soir le porte-parole du PTB."

Nous avons contacté le porte-parole du PTB ce mercredi matin. Le Liegeois est affirmatif. "Les négociations avec le PS sont terminées. Nous n'allons pas continuer à jouer à leur jeu de chat et de la souris. Ils ont vraiment joué avec nos pieds. Tout ce qu'ils veulent, c''est justifier auprès de leur base leur décision d'aller avec le MR", assène Raoul Hedebouw qui confie n'avoir jamais réellement cru que le PS souhaitait gouverner avec le parti de gauche radicale. "On s'était vu mercredi dernier. Le lendemain, les informateurs royaux ont annoncé qu'ils ne consulteraient pas le PTB, à la demande de tous les partis francophones. Donc du PS et d'Ecolo. Il y a une certaine arrogance dans le fait de dire: on éjecte le PTB au Fédéral, mais on va négocier avec eux en Wallonie."

Au PTB, certains estiment que la stratégie du PS consistait à faire trainer les négociations encore une dizaine de jours pour contenter les militants, l'aile gauche du parti, mais aussi la FGTB et Solidaris. En rompant les négociations de manière si abrupte, le PTB met à mal cette stratégie présumée.

"Le PS refuse de sortir du carcan européen"

Les négociations, selon le PTB, ont bloqué sur plusieurs points clés. "La goutte d'eau a été le dossier des 40.000 logements sociaux que nous voulions construire. Paul Magnette nous a expliqué qu'il faudrait 5 ans rien que pour le plan d'ancrage. Et que leur construction ne serait donc pas pour cette législature. Alors qu'il y a urgence", reprend Hedebouw. "Le refrain était toujours le même avec le PS. Ils nous disaient: vos idées sont bonnes, mais il faut respecter le cadre européen (Ndlr: le réglement relatif au respect de règles en matière de dette publique), il faut être réaliste etc. Elio Di Rupo a remis 5 ou 6 fois ce sujet sur la table."Je leur ai demandé s'ils trouvaient qu'il y avait des choses à changer dans la politique qu'ils ont mené avec le MR ces 20 dernières années. Ils m'ont dit non, à l'exception de PTP (Programme de Transition Professionnelle)"

Le porte-parole du PTB nous décrit le rôle des négociateurs du PS comme le jeu du bon et du mauvais flic. "Paul Magnette disait toujours: on peut discuter. Tandis qu'Elio Di Rupo rappellait constamment qu'il fallait rester dans le cadre européen, le carcan Ils s'étaient répartis les rôles", relate Raoul Hedebouw.

Hedebouw: "Que les socialistes arrêtent de nous prendre pour des cons"

Un peu plus tôt dans la journée d'hier, le Liégeois avait déjà estimé que les discussions étaient “mal parties” sans pour autant fermer catégoriquement la porte. “Nous devons discuter en interne mais il ne faudra pas trop compter sur le PTB pour faire l’appoint” d’une majorité en Wallonie, avait-il indiqué. Quelques heures plus tard, le discours est plus tranché. “Nous avons fait le tour de tous les points et nous sommes au bout d’un cycle. Le PS a déjà la tête ailleurs. Il faut que les socialistes arrêtent de nous prendre pour des cons et nous respecte”, a affirmé Raoul Hedebouw. “Dans ce cadre-là, ça ne sert à rien que nous venions jeudi”, avait-t-il conclu.

"Nous avons proposé de les revoir ce jeudi à Namur. Nous maintenons notre invitation" malgré l'attitude du PTB qui a mis fin abruptement à la rencontre, "à l'heure des JT", alors que les socialistes souhaitaient la poursuivre, avait de son côté assuré le président du PS, Elio Di Rupo.

"Ce mardi, nous avons tenté de parler d'avenir alors que le PTB revient sans cesse sur le passé, dont on peut évidemment faire des dizaines d'analyses. Nous avons discuté et nous avons des points de rupture - notamment sur l'Europe, ndlr - mais nous sommes là pour trouver des solutions", à condition que "le PTB soit prêt à assumer ses responsabilités", avait-t-il ajouté.

Auparavant, dans la journée de mardi, le bourgmestre de Charleroi, Paul Magnette, avait déclaré souhaiter une majorité “la plus progressiste possible", estimant qu’un gouvernement minoritaire était “une piste sérieuse". Ce même Paul Magnette qui a depuis réagi, estimant que les négociations n'étaient pas rompues, puisqu'elles n'ont... pas encore commencé.

Un gouvernement minoritaire? Niet

Cette possibilité d’une “portugaise” avait déjà été évoquée par La Libre, en fin de semaine passée. Il s’agirait d’un gouvernement PS-Ecolo, soutenu de l’extérieur par le PTB. Cette manière de fonctionner est en vigueur dans plusieurs pays d’Europe, dont le Portugal.

Par cette ouverture, le PS renvoyait clairement la balle dans le camp du PTB. Bémol. Dans les rangs du parti de gauche radicale, on flairait un piège.

"Il faudrait déjà nous expliquer ce qu’est un gouvernement minoritaire. Évidemment, on veut bien apporter notre soutien à des mesures qui seraient bonnes, dossier par dossier, au cas par cas. Mais signer un chèque en blanc pour soutenir le gouvernement durant cinq ans, comme cela est proposé, on va clairement dire non  !” nous soufflait un poids lourd du PTB.

Le parti de gauche radicale refusait par ailleurs que l’on puisse lui faire porter le chapeau s’il venait à retirer son soutien au gouvernement minoritaire, remettant de facto le MR dans le jeu. Ce qui constituerait une fameuse épine dans le pied gauche du parti marxiste.

Elio Di Rupo: "Une démarche sincère"

“Notre démarche est réelle et sincère. Le PTB doit arrêter de chercher des prétextes", avait assuré Elio Di Rupo, mardi. "Il faut dénoncer les faux prétextes invoqués par le PTB. Nous ne sommes pas les méchants et nous ne pouvons pas nous laisser traiter de la sorte ; nous ne sommes pas des paillassons."

Reste une grande question: avec ou sans Ecolo ?

Plus tôt dans la journée de mardi, Raoul Hedebouw avait évoqué un “jeu de dupes” et l’écriture d’une “histoire de com” conduisant inéluctablement à la formation d’une coalition PS-MR. Le scénarion se réalise. Sera-ce avec ou sans Ecolo ? C'est désormais la grande question. La piste d'un gouvernement minoritaire risque de revenir sur la table des négociations de ce mercredi, qui réuniront le PS et Ecolo. Avec 35 sièges sur 38, cette attelage n'a pas de majorité et devrait compter sur un soutien extérieur. Ce ne sera donc probablement pas le PTB. Et le CDH a annoncé son choix pour l'opposition. Le parti de Maxime Prévot ne s'est cependant pas encore exprimé quant au concept de gauche minoritaire. Chez Ecolo, il nous revient qu'on estime que la piste "mérite d'être étudiée sérieusement".