Belgique

On ne la lui fait pas, à Patrick Dewael, vieux routier de la politique belge. 

Le libéral flamand a présidé, jeudi, la séance plénière inaugurale de la Chambre, pour cette législature 2019-2024, en sa qualité de membre le plus expérimenté. Ses adjoints devaient être les deux plus jeunes, Mélissa Hanus (PS) et Dries Van Langenhove (VB), le leader du groupuscule ultra-conservateur Schild&Vrienden. La polémique enflait, ces derniers jours, autour de l’élu d’extrême droite, inculpé lundi pour racisme et négationnisme. 

Les francophones ne voulaient pas le voir monter à la tribune présidentielle à l’occasion de cette séance à haute valeur symbolique dédiée à la prestation de serment des députés. Mais Patrick Dewael a trouvé la parade…

Les élus du Belang n’ont pas bronché

“Je [présiderai la séance] depuis ma place, à mon banc, sur mon siège. C’est la seule place que l’électeur m’attribuée.” Et d’ajouter : “C’est la même chose pour nous tous”, donc aussi pour Dries Van Langenhove. M. Dewael n’a même pas pris la peine de citer ses deux adjoints, pourtant automatiquement désignés par le règlement de la Chambre. 

Son geste a été largement salué par ses collègues parlementaires sur les réseaux sociaux. Les membres du VB n’ont, eux, pas bronché.

Le président a ensuite commencé l’ordre du jour. D’abord pour constater que Mathias De Clercq (Open VLD), Julie Fernandez Fernandez (PS), Laura Crapanzano (PS) et le ministre de l’Intérieur Pieter De Crem (CD&V) ont renoncé à leur siège de parlementaire.

Mission suivante : la vérification des élections. 

Le travail a été réparti en six commissions de sept députés tirés au sort. Acclamations sur les bancs du PTB lorsque M. Dewael, la main innocente du jour, pêche le nom de Raoul Hedebouw, le porte-parole du parti. Le hasard a voulu que le PTB soit bien représenté dans ces commissions de vérification des élections. Cinq de ses députés (sur douze) ont été mis à contribution.

L’ancienne ministre “Iliane Tilleul”

Parmi les autres noms tirés au sort, pointons celui, écorché, d’“Iliane Tilleul” – pour Éliane Tillieux (PS), l’ancienne ministre wallonne – ou de Mélissa Hanus (PS), la victime collatérale de la mise à l’écart de Dries Van Langenhove.

Le travail de vérification a duré une bonne heure. Reprise de la plénière vers 15 h 45. En présence, cette fois, du Premier ministre Charles Michel (MR), qui s’était éclipsé quelques instants du sommet européen pour venir prêter serment. 

“J’en profite pour le féliciter", a dit le président de la Chambre, "parce qu’il est à nouveau devenu papa. […] Mais où trouve-t-il ce temps ?” Applaudissements nourris.

Début de la longue séquence des prestations de serment des 150 députés. Et cette phrase : “Je jure d’observer la Constitution.” La première à y passer était Anneleen Van Bossuyt (N-VA). Le dernier, Thierry Warmoes (PTB). 

Entre les deux, quelques ratés, situations cocasses ou plus choquantes.

Le ministre des Finances Alexander De Croo (Open VLD) a été le premier à prononcer le serment de député en néerlandais et en français. Les élus du Vlaams Belang ont alors plusieurs fois parasité les prestations de serment des Flamands qui s’exprimaient dans les deux langues. Ils applaudissaient bruyamment après la prestation en néerlandais afin que celle en français soit inaudible. Les députés d’extrême droite n’ont, eux, été applaudis que par la N-VA et le CD&V, et non, comme de coutume, par l’ensemble de l’hémicycle.

Le GSM de Koen Geens et le mixte linguistique

Plus amusant, on retiendra le GSM du ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) qui se met à sonner pile au moment où il doit prêter serment ; Christian Leysen (Open VLD) qui s’est d’abord exprimé en allemand en hommage à “la communauté linguistique la plus sympathique de ce pays” ; ou encore le lapsus de Simon Moutquin (Écolo) qui a évoqué “de Groenwet” (Groen, c’est les verts flamands) plutôt que “de Grondwet” (la Constitution).

Enfin, il y a eu le mini-incident provoqué par la députée bruxelloise PTB Maria Vindevoghel. 

Il faut savoir que la première langue dans laquelle les députés bruxellois prêtent serment détermine le groupe linguistique auquel ils appartiennent à la Chambre. Mais Mme Vindevoghel a volontairement mélangé les deux langues en disant “Ik zweer la Constitution na te leven”. Rappel à l’ordre du président. “Elle a été élue dans les deux langues”, a tenté de répliquer Raoul Hedebouw. La “pétébiste” a finalement privilégié le néerlandais.

Levée de séance. 

Rendez-vous jeudi prochain pour l’élection du président de la Chambre. En attendant, Patrick Dewael poursuit l’intérim.