Première invitée, l'ancienne Première ministre Sophie Wilmès s'est d'emblée attachée à rappeler le contexte dans lequel la crise est survenue, début 2020.

"Personne ne pouvait à ma connaissance prédire, sur la base d'éléments solides et fiables, non pas que quelque chose se préparait mais bien l'ampleur inédite et brutale des évènements qui ont suivi. Personne ne pouvait à ma connaissance prédire non plus que nous connaîtrions si mal le virus qui frapperait et surtout les réponses sanitaires et d'ordre public efficaces pour le combattre. Personne ne pouvait non plus prédire que le virus se véhiculerait par le biais de personnes ne présentant absolument aucun symptôme. Ce qui complexifiera grandement la réponse que nos sociétés occidentales peuvent mettre en place en termes de mesures, de suivi et de capacité d'isolement", a fait valoir Sophie Wilmès. "Dire 'On aurait dû savoir'. Non. Je pense que c'est réécrire l'histoire à la lumière d'aujourd'hui."

"Les chiffres renseignés par la Chine étaient plutôt rassurants mais ont progressivement été contredits par les informations italiennes", a-t-elle poursuivi. "D'un virus pas si mortel et pas plus contagieux que des exemples connus, on découvrira au fil du temps, à force de consolider les données occidentales, que ce virus se transmet très facilement, même sans contact direct et est plus mortel qu'annoncé et notamment dans certaines catégories vulnérables."

Et d'ajouter : "le 3 mars, les informations données en Commission Santé par les experts sur base des données chinoises sont rassurantes, elles évoquent comme étant le pire des scénarios 13.000 diagnostics positifs en 9 semaines, dont 2.000 à 3.000 personnes devraient être hospitalisées et dont 700 personnes en soins intensifs. Pourtant, 6 jours après le premier décès belge, la Belgique devra entreprendre le confinement général de sa population. L'une des mesures les plus radicales de son histoire."

"Il faut donc tenter de porter un regard juste, objectif et critique de l'analyse; c'est-à-dire prendre en considération pour chaque période dont on parle à la fois la connaissance scientifique disponible à ce moment-là, l'état général de compréhension et d'adhésion de l'opinion publique, l'influence des discours dominants, la comparaison avec la situation en-dehors de nos frontières mais aussi les divers moyens matériels et humains alors à la disposition des scientifiques, des institutions et des autorités", a-t-elle conclu.

"Dire que le CNS du 23/09 a provoqué la 2e vague est un "raccourci intellectuel"

"Le Conseil National de Sécurité du 23 septembre 2020 a parfois été interprété comme un assouplissement qui a provoqué la deuxième vague (de la pandémie)." L'ancienne Première ministre Sophie Wilmès a qualifié ce raisonnement de "raccourci intellectuel".

"Au mois de septembre, des débats vifs avaient lieu entre les experts dans les médias. Il y avait une grande division sur la ligne à suivre. Et dans les rapports que nous recevions des experts, on parlait d'une Belgique en "code jaune". Seuls 4% des lits en réanimation étaient occupés à ce moment-là. Nous étions néanmoins préoccupés par l'évolution des chiffres et nous étions prêts à prendre des mesures supplémentaires si nécessaire", a-t-elle expliqué.

"Le contexte social a aussi joué un rôle important. Les gens étaient lassés des règles et les suivaient de moins en moins, parce qu'ils les trouvaient trop strictes, incohérentes ou même dépassées. Et à l'époque, la Belgique était un des pays européen avec les mesures les plus draconiennes, y compris après ce CNS", a-t-elle rappelé, signalant notamment que la bulle de 10 alors en vigueur n'avait pas été modifiée à ce moment-là.

"Compte tenu du fait qu'un certain nombre d'observateurs et d'experts exprimaient des doutes sur la voie à suivre, nous avions immédiatement demandé à la Celeval (Cellule d'évaluation) de reconsidérer la situation. Et elle réaffirmé le 25 septembre que la Belgique était bel et bien en code jaune et qu'aucune mesure supplémentaire n'était demandée."

"Cette dernière année a été extrêmement dure", a déclaré Sophie Wilmès en conclusion de son intervention. "Nous avons tous dans nos cœurs les milliers de victimes du covid. Et leurs familles, leurs proches (...) L'humain est certainement plus que jamais au centre de toutes nos attentions. Non pas dans une perspective nombriliste mais dans notre rapport à l'autre. Car il est sans aucun doute notre plus belle victoire à ce jour sur ce virus."

Après une courte pause, la parole sera donnée aux membres de la commission spéciale.