Cela fait plus d'un an maintenant que Philippe Devos se bat au quotidien contre le virus. Comme d'autres médecins, il est en première ligne. Interrogé sur la principale difficulté à laquelle il est confronté en ce moment, le chef de service adjoint a mis en avant la difficulté d'ouvrir des lits supplémentaires en soins intensifs "avec un personnel qui finit par s'épuiser physiquement et moralement". "Au total, on est à 2300 lits au lieu de 2000, mais les hôpitaux ont du mal à sortir des fameux 2000 lits de réanimation", a-t-il expliqué, même si le personnel est, lui, "constamment à 300%".

Même si le personnel soignant reste motivé, il est toujours plus à bout à mesure que le temps passe. "La charge d'un patient Covid, c'est 25% de plus qu'un patient normal", a souligné le président de l'Absym. Or, le métier d'infirmier était en sous-effectif avant même le début de l'épidémie. "On demande à un infirmier belge de faire 1,3 fois plus que ce que fait un infirmier européen et 2 fois plus que ce que fait un infirmier français. On leur demande de faire le double des autres. Et, ça, c'est évidemment inhumain."

"Il faut utiliser toutes les cartes que l'on a en mains"

A la veille du Comité de concertation, Philippe Devos a été invité à adresser un message aux autorités. "Ce que je demande, c'est de reprendre une stratégie qui va permettre l'adhésion de la population, à court et à moyen terme. Mettre en place des fermetures abruptes et des interdictions alors qu'elles n'ont potentiellement pas d'effets sur le virus n'est peut-être pas la meilleure des stratégies. Il faut trouver le juste équilibre. Il n'est pas simple. Je ne voudrais pas être politique aujourd'hui. Mais au bout d'un an, il faut commencer à pivoter." Si, selon lui, la vaccination est bien évidemment extrêmement importante, il faut aussi envisager d'autres pistes. "On a l'impression que le gouvernement mise tout sur les vaccins et que la libération de la population sera liée à l'obtention d'un taux de vaccination suffisant, mais il faut utiliser toutes les cartes que l'on a en mains. La vaccination reste l'atout majeur, mais il faut utiliser les autres cartes, comme l'éducation à la santé, la distanciation sociale... Le "Covid safe" (ndlr : une solution proposée par trois experts pour envisager une approche au cas par cas et non plus par secteur entier) est par exemple une excellente solution intermédiaire." 

"Il y a des risques que le plan échoue"   

Si la vaccination va jouer un rôle crucial dans les semaines à venir, Philippe Devos constate, sur le terrain, que beaucoup de gens refusent de passer par cette étape. "Je serais rassuré si on misait sur autre chose aussi. On ne peut pas se permettre de ne plancher que sur ce plan-là car il y a des risques qu'il échoue. On voit que l'adhésion de la population ne sera peut-être pas suffisante pour atteindre l'immunité de groupe." S'il a un message à faire passer, c'est évidemment celui de se faire vacciner. "Aujourd'hui, aux soins intensifs, les personnes les plus âgées que nous ayons sont des sexagénaires, autrement dit, des personnes à risques. Je demande donc à la population à risques de se faire vacciner. On a des gens qui ont choisi de ne pas se faire vacciner et maintenant, ils sont ici, en réanimation." 

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