L’ancien otage belge Pierre Piccinin a répondu à cœur ouvert à une interview, ce mardi, pour le site Web femmesdechambre.be. Et le moins qu’on puisse écrire, c’est qu’il ne mâche pas ses mots.

Son dernier voyage en Syrie s’est soldé par un enlèvement et une détention de plusieurs mois par les rebelles islamistes syriens. La gestion de sa libération par le ministère des Affaires étrangères belge a été, selon ses dires, désastreuse. "Je me suis rendu compte que la Belgique m’avait complètement abandonné ! Pis, elle a saboté les tentatives des services secrets italiens visant à me libérer…", avance l’ancien otage visiblement excédé par le ministère de M. Reynders.

Ce dernier n’est d’ailleurs pas épargné par la critique : "Fin mai, les djihadistes demandent à l’Italie et à la Belgique de fournir une série de questions auxquelles seuls Domenico et moi pouvions répondre. Ceci afin de pouvoir régulièrement montrer, au cours des négociations, que nous étions bien vivants. Et là, c’est le ministère italien des Affaires étrangères qui contacte directement mes parents pour obtenir ma liste de questions. Le ministère de Didier Reynders ne leur avait jamais demandé une liste de questions me concernant."

Ce n’est que trois mois après l’envoi des questions par les autorités italiennes que la Belgique a daigné réagir. "Peu avant notre libération, le matin du 29 août, c’est la cellule de crise italienne qui appelle directement mes parents. L’officiel leur dit clairement qu’il passe outre aux autorités belges. Il voulait vérifier avec mes parents certaines de mes réponses que leur avaient transmises les djihadistes. Puis, dans l’après-midi de cette journée, c’est le ministère belge des Affaires étrangères qui téléphone à mes parents pour… avoir la liste des questions !"

Mais M. Piccinin ne s’arrête pas là, le traitement que le ministère a réservé à sa famille est encore plus inique et inhumain. "Parce que, durant ma captivité, mes parents se sont retrouvés face à un véritable mur dressé par le ministère des Affaires étrangères; au niveau du ministre Didier Reynders et de son cabinet, c’était le refus total de communiquer !" assure-t-il.

En ce qui concerne les négociations, le ministère aurait demandé à la famille de l’otage d’évaluer son patrimoine afin d’établir la somme d’une possible rançon. "En résumé, soit vous payez, soit on le laisse là , leur a dit un des fonctionnaires. Le lendemain, lorsque mes parents ont fait état de cette situation du côté italien, on leur a répondu de ne tenir aucun compte de tout cela, que l’Italie négociait pour les deux otages, que je ne serais pas abandonné. Atterrée, ma mère me l’a dit : Le ministre Reynders a été sans pitié avec nous ", témoigne, gravement, l’ancien détenu.

Le ministère des Affaires étrangères est resté muet face à nos demandes de réaction à ces propos.