L'octroi d'un statut européen particulier, celui d'une protection temporaire, aux réfugiés ukrainiens a changé la donne par rapport à d'autres afflux de réfugiés dans le passé puisqu'il ne s'agit pas de demandeurs d'asile. Ils reçoivent une attestation qui leur permet de circuler et travailler en Europe. Leur enregistrement est assuré par le pouvoir fédéral, leur hébergement incombe aux Régions puisque c'est la compétence du logement qui est en jeu.

La Wallonie a écrit au gouvernement fédéral pour lui demander d'activer la phase fédérale du plan d'urgence, le secrétaire d'Etat à l'Asile, Sammy Mahdi (CD&V), y était favorable mais la Flandre n'en a pas voulu. Le PS a répété mercredi sa demande en commission de l'Intérieur de la Chambre, par la voix du député Hervé Rigot. Vanessa Matz (Les Engagés) a tenu mardi un plaidoyer similaire devant le Premier ministre, Alexander De Croo (Open Vld). François De Smet (DéFI) a quant à lui plaidé pour un pilotage fédéral dans les crises de grande ampleur comme le coronavirus, les inondations ou l'accueil des réfugiés ukrainiens.

La question a été évoquée au début de la crise lors d'une réunion de concertation entre le gouvernement fédéral et les entités fédérées.

"J'ai été le premier à dire: si vous voulez enclencher la phase fédérale, je le fais. Mais les Régions ont dit: nous avons nos compétences, nous les gérons et, moi, je me dois de respecter les institutions", a souligné M. Mahdi.

"Ce n'est pas la Wallonie qui a refusé de prendre les commandes mais la Flandre. Un courrier vous a d'ailleurs été adressé par la Région wallonne. Je le répète: je pense que vous devez prendre les commandes", a dit M. Rigot.

Mardi, Mme Matz mettait en avant la situation difficile vécue par un certain nombre de communes qui reçoivent des directives de tout côté. Mercredi, Simon Moutquin (Ecolo) s'interrogeait sur l'attitude très variable d'une province à l'autre en fonction du gouverneur.

Le Premier ministre ne voit pas la nécessité d'une phase fédérale pour le moment.

"Je participe chaque semaine à une réunion avec les ministres-présidents des entités fédérées. Au début de la crise, la question était de savoir si une phase fédérale était nécessaire. La réponse était et est encore négative. Sur le terrain, je ne vois pas la nécessité d'une phase fédérale car les flux d'informations fonctionnent bien. Cela veut-il dire qu'il n'y a pas de problème sur le terrain et que tout se passe parfaitement? Non", a-t-il dit.

Les Engagés ont également réclamé la désignation d'un commissaire du gouvernement pour l'accueil des réfugiés ukrainiens, comme ce fut le cas récemment pour la pandémie de Covid-19. Là encore, M. De Croo n'y a pas accédé.

"Le Centre de crise endosse ce rôle actuellement. L'essentiel des efforts est fourni par les entités fédérées et je sais qu'à ce niveau chacun crée des structures de coordination, par exemple au niveau des communes. Je ne voudrais pas créer une couche additionnelle car j'estime que le Centre de crise joue très bien son rôle", a-t-il répondu.

Le secrétaire d'Etat a répété son appel aux Régions à mettre à disposition sans tarder des logements structurels et collectifs. "Je sais que les Régions font le nécessaire mais on en a besoin rapidement", a-t-il dit.

La campagne #PlaceDispo lancée auprès des communes et des citoyens a permis de trouver 30.000 places pour les réfugiés ukrainiens. Actuellement, 24.475 attestations de protection temporaire ont été délivrées en Belgique.

Dès le début de la crise, des mandataires politiques et des organisations de défense des droits de l'homme ont demandé que les ressortissants de pays tiers qui vivaient en Ukraine et ont fui le pays puissent bénéficier aussi du statut de protection temporaire. La semaine passée, la Commission européenne a envoyé des directives aux États membres qui permettent à ces personnes, dès lors qu'elles ne peuvent retourner dans leur pays d'origine de manière durable et sûre, de recevoir ce statut. Ils doivent attester d'une résidence permanente en Ukraine, soit un séjour de 5 ans. Actuellement, 15 personnes correspondant à ces critères ont déjà reçu une attestation.

Pour ce qui est des étudiants qui se trouvaient en Ukraine et ont fui en Belgique, M. Mahdi a rappelé par contre qu'il ne leur était pas possible de poursuivre leurs études en Belgique, qu'ils soient "congolais, américains ou australiens". "On ne fait pas de différence, la règle est la même pour tout le monde", a-t-il dit. Ils peuvent demander l'aide de Fedasil pour revenir dans leur pays d'origine ou demander une protection internationale si le retour dans le pays d'origine n'est pas possible.