Au printemps dernier, la Belgique avait opté pour un système de comptage des morts particulier. Parce qu’on ne pouvait pas tester tous les morts à l’époque, les décès suspectés d’être liés au coronavirus avaient été enregistrés dans la catégorie "Covid-19" par précaution. Même si ce procédé n’explique pas tout, ces chiffres avaient contribué à nous donner le triste titre de pays au taux de mortalité le plus élevé. L’analyse de la surmortalité en 2020 dans notre pays tend toutefois à démontrer que le rapportage belge semble se rapprocher de la réalité.

Près de 10 mois plus tard, Sciensano publie désormais quotidiennement les chiffres de la vaccination. On apprend ainsi que plus de 141.000 Belges ont déjà reçu une première dose du vaccin. Il existe cependant à nouveau une particularité à notre rapportage : la couverture vaccinale n’est calculée que sur les plus de 18 ans, qui représentent 9.180.601 personnes d’après les chiffres de Sciensano. A l’heure d’écrire ces lignes, 1,54 % des personnes majeures ont donc été vaccinées dans notre pays. La Belgique compte pourtant 11.492.641 habitants, selon les dernières données publiées par Statbel. Rapportée à l’ensemble de la population, la couverture vaccinale n’est donc en réalité que de 1,23%.

Il ne s’agit pas de dire qui a raison ou qui a tort. En soi, cela ne change pas grand-chose. Le nombre de personnes vaccinées reste le même. Sciensano mentionne cette donnée très clairement sur son dashboard. Par contre, se lancer dans une comparaison avec les autres pays devient hasardeuse, puisque de nombreux pays, comme la France, rapportent la vaccination à l’ensemble de leur population.

Pour le moment, cette différence de calcul n’a que peu d’incidence sur nos chiffres. Mais pour atteindre le fameux objectif de 70 % de personnes vaccinées, il ne faudrait donc vacciner "que" 6.426.420 personnes, contre 8.044.848 si on devait compter tous les Belges. C’est finalement logique dans un sens, les enfants et adolescents ne faisant pas partie de notre stratégie de vaccination.

"C’est vrai qu’il s’agit de chiffres biaisés par rapport au fameux objectif de 70 % de la population qu’on souhaite vacciner, sauf si on considère que les enfants ne peuvent pas transmettre le virus, ce qui n'est pas le cas. Cela change la donne", reconnaît Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid-19. "En tenant compte de cela, ce n’est peut-être pas une bonne manière de faire."

Le porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid-19 estime que "cela ne doit pas constituer un piège", notamment si on compare ces données avec ce que font nos voisins. "Il faudrait aussi mettre ces chiffres en perspective avec l’ensemble de la population", estime-t-il.

Les mauvaises langues y verront un clin d'oeil à notre méthode de comptage des décès tant décriée. Car cette fois, on "gonfle" les chiffres dans le bon sens. "Cela pourrait être à notre avantage", sourit Van Laethem.