En cette veille de 27 septembre, Fête de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le ministre-président à double casquette, Rudy Demotte, fait le point avec la DH à moins d’un an des prochaines élections.

Que trouvera-t-on dans votre discours du 27 septembre ?

"Tout d’abord, je parlerai du transfert de compétences et que l’accord a pu enfin atterrir. L’attente a été longue. Je veux souligner évidemment le rôle de chef d’orchestre qu’a joué Elio Di Rupo dans cet accord. Ce qui me réjouit le plus, c’est qu’on a évité le piège des sous-nationalités. On va mettre toute la machinerie décrétale et institutionnelle en œuvre pour translater les accords dans notre droit. Tous les groupes techniques sont déjà à pied d’œuvre. Je dirai également un mot sur l’importance de l’enseignement. On sait que c’est un outil qui dans le domaine social et économique est majeur. Il faut que les réformes soient accélérées à l’avenir pour que l’enseignement joue le rôle égalitaire qui est le sien. Il faut également que l’enseignement dépasse ses propres limites institutionnelles en rencontrant les besoins du terrain. J’appellerai aussi au décloisonnement scolaire. Les bassins de vie doivent permettre à des réseaux d’enseignement différents de mieux travailler ensemble.”

Le fait d’avoir la double casquette régionale et communautaire, ce n’est pas un peu schizophrénique ? Faudra-t-il renouveler l’expérience ? “Dans la mesure du possible, il faut renouveler l’idée d’une cogestion régionale et fédérative. En 2008, j’avais dit à Charles Picqué que nous voulions un gouvernement qui soit coprésidé. Charles a dû tenir compte d’une réalité différente, c’est que les Flamands étaient très peu sensibles à ce que la Fédération Wallonie-Bruxelles soit coprésidée immédiatement par quelqu’un qui était le ministre-président de la Région bruxelloise. La fois prochaine, il faudra résoudre ce problème. Il est nécessaire de garder un écrin commun entre les francophones. Ce serait schizophrénique si on avait des ministres qui réagissent en fonction du niveau de pouvoir où ils sont.” Défendre deux identités, l’une wallonne, l’autre francophone, ce n’est pas trop pour  un seul homme ?

"Elles sont différentes. En tout cas, l’espace francophone est une réalité. Les francophones de Belgique s’expriment de manière communautaire quand ils sont face aux Flamands.  Y a-t-il une identité bruxelloise ? À l’évidence, les Bruxellois sont en train de révéler une identité. Les francophones de Bruxelles ne nient pas qu’ils ont une attache avec la Wallonie. Du côté wallon, la question a été posée à de nombreuses reprises. On l’a vu avec mes déclarations qui ont été mal interprétées.” 

Cette histoire de nationalisme positif, vous regrettez ?

“J’ai juste voulu rappeler qu’en 1913, les Wallons voulaient voir émerger un nationalisme wallon. Maintenant que le buzz a vécu, cette question a permis de révéler la discussion sur l’identité ou sur les identités wallonnes. On peut dire qu’il n’y a pas aujourd’hui un degré uniforme et absolu d’identité wallonne, mais plus personne ne peut dire que le débat sur l’identité ne se pose pas. Il y a de ça quelques années, le débat avait été polémique sur cette question. C’était sans doute lié au contexte français et sarkozyste de l’époque. Si on veut mobiliser les gens autour d’un projet positif, il faut qu’ils aient conscience d’appartenir à un ensemble. L’identité wallonne aujourd’hui, elle se fait autour du redressement. Je n’ai pas du tout de vision étriquée et nationaliste et nombriliste.” 

Le fait que la Joyeuse Entrée à Anvers ait lieu le 27 septembre, ça vous choque ?

“Peu me chaut !” 

Et si cela avait été l’inverse ?

“Je pense même qu’en Flandre, si certains avaient vociféré, et ce n’est qu’une spéculation, ça aurait été une infime minorité.” 

Entre Région, Fédération Wallonie-Bruxelles, compétence communautaire exercée par les Régions, etc., peut-on encore expliquer clairement le système belge aux citoyens ? 

“Oui, quand j’écoute ce qu’il se passe dans d’autres pays du monde comme en France par exemple, c’est aussi compliqué. En Allemagne également. Quand je vois la complexité des systèmes suisses et américains, je pense que tous les systèmes au monde ont de la complexité. Je sais que Monsieur et Madame Tout-le-Monde dont je suis aiment les choses simples. Comment vivons-nous en Belgique ? Avec un État fédéral, avec des entités basées sur la culture et la langue au nombre de trois, avec des Régions qui sont des cénacles de compétences très concrètes basées non pas sur l’individu mais sur des prestations très concrètes, comme l’économie, les infrastructures et puis, il y a à certains moments des accords par lesquels on te dit de temps en temps, Voilà je te lâche des compétences . Dit comme ça, je pense que même un enfant de primaire peut comprendre.” 

Vous avez peur pour l’avenir de Bruxelles quand vous entendez les bagarres de leadership au MR bruxellois ou les récentes déclarations de la N-VA ? 

“Je me réjouis que Bruxelles organise un débat identitaire sur son propre sort, sur son positionnement. C’est un signe de maturité bruxelloise qui depuis 1988 affirme sa volonté d’exister et de peser aux côtés des deux autres Régions. Sur la configuration politique bruxelloise, Bruxelles est une terre qui a connu des évolutions politiques substantielles ces quatre dernières années. C’est le déchirement entre le FDF et le MR, c’est une position qui remet le PS au centre du jeu avec un changement de personnalité. Rudi Vervoort s’affirme comme quelqu’un qui porte les couleurs d’un régionalisme bruxellois assumé. Dans la famille libérale, je n’ai pas à me prononcer sur le leadership.”