Belgique

Après l'échec des discussions lundi entre les syndicats et le conseil d'administration de Proximus, au sujet du départ de la CEO Dominique Leroy, nos confrères de La Libre ont appris de sources syndicales que des arrêts de travail spontanés du personnel de l'entreprise publique de télécoms se multiplient ce mardi en Wallonie et à Bruxelles.

Le climat social chez Proximus connaît un regain de tension ce mardi. De nombreux arrêts de travail spontanés du personnel sont à signaler, principalement en Wallonie et à Bruxelles mais aussi en Flandre, a-t-on appris de sources syndicales.

Les syndicats SLFP et Acod (syndicat socialiste flamand) rapportent des arrêts de travail, d'un nombre indéterminé, à Libramont, Saint-Vith et Namur, aux call-center de Bruxelles, Namur, Liège et Mons, dans des services de support administratif à Liège, Namur et Mons, des jointeurs (ces techniciens chargés des réparations et de la maintenance du réseau) se croisent les bras à Mons et à Tournai et le bâtiment de Proximus de Mons, qui abrite plusieurs services, serait quasiment à l'arrêt ce mardi midi. Bart Neyens, le président de l'Acod, signale que le mouvement fait tache d'huile en Flandre. On signale du personnel à l'arrêt au service technique de Hasselt et au service technique réseau de Bruges. Trois Proximus Shops tournent aussi au ralenti, à Ath, Hornu et Nivelles. 

"Le personnel de Proximus est excédé", souligne Jean-Claude Philippon, le président du SLFP Proximus. "Les gens ne comprennent pas que Dominique Leroy ne quitte pas ses fonctions plus tôt et nous ne pouvons pas leur expliquer pourquoi", précise Bart Neyens.

Ce mouvement de grogne fait suite à la rencontre, lundi matin, entre une délégation du front commun syndical et le président du conseil d'administration de Proximus, Stefaan De Clerck. Ce dernier a reçu des syndicats une lettre ouverte exigeant que l'entreprise publique "coupe immédiatement tout contact avec la CEO" Dominique Leroy. La patronne de Proximus a annoncé son départ de l'entreprise au 1er décembre, pour rejoindre l'opérateur néerlandais de télécoms KPN. Les syndicats soupçonnent KPN de vouloir lancer "une attaque télécom sur la Belgique" et ils estiment que Dominique Leroy ne peut dès lors rester à son poste, puisqu'elle a accès à "des informations confidentielles et stratégiques de Proximus".

La demande syndicale d'un départ anticipé de Dominique Leroy a été rejetée par le conseil d'administration, sous prétexte que "KPN n'est pas un concurrent direct de Proximus" et que Madame Leroy doit encore boucler certains dossiers stratégiques avant de quitter l'entreprise. Les organisations syndicales n'ont pas apprécié et avaient fait savoir lundi que les négociations sociales autour de la restructuration en cours (1.900 emplois sont menacés) étaient suspendues, le temps pour la direction de préciser ses priorités en matière de discussions sociales.

Appel à un médiateur

"Lundi soir, nous avons reçu un message de la direction nous invitant à participer ce mardi matin à une réunion de négociation, au sujet d'une nouvelle business unit. Nous y sommes allés et nous avons proposé au management de faire intervenir un médiateur social pour tenter de débloquer la situation", explique Jean-Claude Philippon. "En tant qu'entreprise publique, nous n'avons officiellement pas le droit de faire appel à un médiateur mais, si la direction et les syndicats sont d'accord, c'est toutefois possible", indique Bart Neyens. La direction fera savoir mercredi si elle accepte cette intervention. "Face à l'arrogance du management et parce qu'on ne peut pas demander aux organisations syndicales de négocier avec un revolver sur la temps, nous n'avons plus d'autre choix que de faire appel à un conciliateur", déclare Stéphane Daussaint, le responsable général de la CSC Transcom Proximus.

Passage en force du CA : "un dangereux précédent"

Selon les syndicats, le conseil d'administration de Proximus menacerait d'activer l'article 35 de la loi de 1991 sur les entreprises publiques. Il prévoit que le CA a le droit de passer en force pour prendre certaines décisions, sans concertation donc avec les syndicats, qui n'auraient alors qu'un mois pour valider le plan social de l'entreprise. Une menace jugée inacceptable, d'où la demande d'intervention d'un conciliateur. "Si le CA de Proximus activait l'article 35, ce serait une première en Belgique car toutes les entreprises publiques se sont engagées à ne jamais le faire. Cela créerait un dangereux précédent qui sera expliqué au personnel et il y aura le risque de lancer une guerre juridique", avertit Stéphane Daussaint, le responsable général de la CSC Transcom Proximus.

Et le haut permanent du syndicat chrétien, qui s'occupe aussi de bpost, prévient : "En cas d'activation de l'article 35, je convoquerai un comité intersectoriel des toutes les entreprises publiques". Une réunion dont l'issue pourrait conduire à des actions sociales dans les différentes entreprises publiques.