Belgique Une batterie de mesures sera débattue cette semaine au gouvernement wallon.

Le job de mandataire public est-il en métier en voie de disparition ? En plein scandale Publifin-Nethys, les partis traditionnels francophones ont présenté leurs idées ces derniers jours. Elles vont toutes dans le même sens : une meilleure gouvernance, moins d’abus, un meilleur contrôle… Ces propositions seront débattues cette semaine au Parlement wallon, le décret devrait être promulgué dans la foulée, "le plus rapidement possible", espèrent le PS et le CDH.

La transparence

Tous les partis s’accordent pour rendre publics mandats et rémunérations de tous les élus ayant une fonction dans une entreprise privée dont la participation publique atteint 25 %. Pour le PS, on pourra être bourgmestre, échevin, etc. ou patron, mais pas les deux. De même, on pourra être ministre ou échevin, bourgmestre, mais pas les deux. Les libéraux veulent quant à eux interdire le cumul pour les villes de plus de 50.000 habitants.

La rémunération

Ces mêmes partis s’accordent pour que plafond de rémunération (150 % du traitement d’un parlementaire en cas de cumul) intègre les rémunérations liées à la présence dans ce type de structure supra communale. Le PS va plus loin que cette fameuse règle des 150 %, mais seulement pour ses membres : les revenus des cumulards "ne pourront dépasser le niveau de l’indemnité parlementaire".

L’audit

Ecolo et le MR exigent la mise en place d’une commission parlementaire pour faire la clarté complète sur le scandale Publifin, voire plus… Au CDH, on suggère plutôt la mise en place d’un vaste audit mené par "un corps d’experts juridiques et financiers extérieurs à l’administration." Le PS maintient sa confiance en la Commission de déontologie et d’éthique, née en 2014 mais sans pouvoir de sanction. Les socialistes veulent étendre ses compétences au Parlement bruxellois.

Les jetons de présence

Les deux partis de la majorité veulent plafonner les rémunérations des membres des CA des intercommunales et des organes supra communaux : maximum 150 € brut pour un administrateur, 250 € brut pour un vice-président et 300 € brut pour un président. Rémunérations évidemment liées à la présence du mandataire.

Trop d’élus

PS et CDH veulent supprimer les structures supra communales inutiles. Le MR, lui, veut carrément travailler sur le nombre de mandataires publics : entre 15 et 33 conseillers communaux maximum par commune, 60 députés au lieu de 75 au Parlement wallon et sept ministres wallons maximum. Rappelons que le gouvernement bruxellois planche déjà pour un mécanisme similaire, sur le fond en tout cas. L’objectif ? Réduire le nombre de mandats communaux d’environ 30 % dès la prochaine législature.

Paul Furlan va sauver sa tête

Des deux élus socialistes dans la ligne de mire du MR et d’Ecolo, l’un devra faire un pas de côté. Soutenu bec et ongles par son président de parti Elio Di Rupo et par le ministre-Président du gouvernement wallon Paul Magnette, le ministre Paul Furlan sauvera sa tête malgré la motion de défiance déposée à son encontre, hier, par le MR et Ecolo. Le CDH et le PS disposent en effet d’une large majorité au sein du Parlement wallon, l’assemblée ne lui retirera pas sa confiance.

Stéphane Moreau, quant à lui, devra faire un choix entre son job de bourgmestre de Ans et son job de CEO de Nethys (filiale de Publifin). Son président de parti l’avait annoncé fin de semaine passée, il l’a répété hier matin à l’occasion du bureau politique hebdomadaire du PS. D’après les dernières rumeurs, Stéphane Moreau quitterait le mayorat de Ans. Rien n’est encore fait, nous dit-on dans les couloirs de la commune liégeoise. Son avenir se décidera néanmoins rapidement car le décret validant la mesure interdisant le cumul d’une fonction exécutive locale ou provinciale et une fonction dirigeante dans une entreprise privée à participation publique devrait être promulgué "le plus rapidement possible", nous confie-t-on au PS. Les débats sur ce décret démarreront d’ailleurs cette semaine. Et comme le CDH et le PS sont sur la même longueur d’ondes…

EDITO : Une peur bleue du PTB

La tournée des vœux des partis politiques a ceci d’amusant qu’elle permet de comparer l’ambiance au sein des différentes formations politiques. Cette année, un seul sujet inondait les conversations, en on comme en off : le scandale Publifin et la nécessité de mettre en place la fameuse bonne gouvernance le plus rapidement possible.

Si l’on en croit les cabinettards et autres mandataires locaux, dont l’analyse évolue selon le nombre de coupes de champagne avalées, la volonté d’agir le plus vite possible, de tout remettre à plat n’a pas pour premier objectif une volonté réelle de servir au mieux le citoyen. Ce nettoyage des écuries d’Augias a pour objet premier de ne pas perdre ce citoyen, forcément électeur. Cette rupture de confiance accrue par la litanie de scandales récemment dévoilés fait en effet craindre aux partis politiques traditionnels une envolée historique du PTB aux prochaines élections régionales. "Il faut tout mettre à plat, nettoyer tout ce qui ne va pas le plus rapidement possible" , commentait il y a peu un collaborateur CDH. "Si on traîne, le PTB va tous nous exploser !" I l semble en effet certain que si les partis traditionnels ne posent pas un geste fort, rapide et définitif, le PTB grimpera à 25-30 % en 2019, sans même avoir besoin d’un Raoul Hedebouw à la télévision tous les dimanches midi…