Contre qui manifestaient ceux qui ont participé lundi au cortège pour le pouvoir d’achat dans le centre de Bruxelles ? À première vue, la réponse est contre la Vivaldi. En bloquant l’infrastructure nationale de mobilité, les syndicats et les syndiqués faisaient pression sur le gouvernement pour lui intimer de prendre des mesures qui leur permettraient de négocier plus facilement des hausses de salaires avec leurs employeurs.

Partant de ce constat, toute participation à la manifestation pouvait être interprétée comme une critique de l’action gouvernementale. C’était le cas du PTB qui répétait à envie : “La loi de blocage salariale, la loi de 1996, doit être revue de toute urgence”.

Toujours dans cette lecture, la présence d’élus PS, Ecolo et Groen, dont les partis sont présents dans la coalition fédérale, a dès lors été remarquée comme très ambiguë. "Donc le PS manifeste contre les mesures et la politique du ministre de l’Emploi [Pierre-Yves Dermagne, PS]. Un tel don d’ubiquité est époustouflant. Que les politiques agissent à augmenter le pouvoir d’achat en baissant les impôts des travailleurs au lieu de manifester", a par exemple raillé Georges-Louis Bouchez, président du MR, sur la présence de son homologue Paul Magnette. Ce à quoi le Carolo a répondu : “Le pouvoir d’achat est au cœur des préoccupations du PS depuis toujours. Nous sommes derrière les travailleurs qui manifestent et nous les défendons aussi au sein du gouvernement face aux libéraux ! Vous voulez qu’on fasse la liste des libéraux qui vont aux cocktails du patronat ?”

En réalité, les socialistes ne marchaient pas contre le gouvernement mais contre les partenaires libéraux qui s’opposent, au sein du gouvernement, à une réforme de la loi de 1996 modifiée en 2017. Au même titre qu’ils défendent leur position au parlement ou dans les médias, les élus PS estiment qu’ils peuvent poursuivre le combat en battant le pavé. Démarche électoraliste pour certains, dissonance cognitive pour d’autres, mais assurément un moyen supplémentaire pour tenter de gagner ce bras de fer sur les salaires.