D'après les chiffres publiés mercredi matin par Sciensano, le nombre moyen de contaminations au coronavirus entre le 30 août et le 5 septembre serait en augmentation de 13% par rapport à la période de 7 jours qui précède. Il y a donc en moyenne 502 nouveaux cas, contre 445 pendant la semaine comparative.

Cette tendance à la hausse se marque globalement dans toutes les provinces. L'augmentation est variable selon les provinces, de 12% à 33%, mais touche un plus petit nombre de personnes. L'augmentation se fait surtout auprès des moins de 60 ans.


Yves Van Laethem a décidé d'aborder aujourd'hui les différentes façon de lutter contre le coronavirus : les mesures de sécurité, mais aussi les vaccins, sujet particulièrement actuel après la suspension des essais du vaccin d'AstraZeneca.

Il a donc rappelé les quatre moyens de lutte dont nous disposons face au covid-19 :

  • Le "package" comprenant la distanciation sociale, la désinfection des mains ainsi que le port correct du masque.

  • Le traitement de la maladie, avec un médicament efficace, bien toléré et si possible, peu coûteux. A ce jour, nous ne disposons pas d'un tel médicament.

  • Une immunité de groupe suffisante pour protéger les plus faibles. On estime que pour que l'immunité de groupe fonctionne, 60% à 70% de la population devrait avoir des anticorps. Actuellement, on atteindrait à peine les 20% en Occident.


  • La vaccination, pierre angulaire de la lutte contre ce type de maladie infectieuse.

Le Dr. Van Laethem a donc tenu à répondre à plusieurs questions sur les vaccins.

Comment fonctionne la vaccination ?

"Le principe même de la vaccination est de mettre en présence une personne vaccinée avec une partie d'un microbe", ce qui permettra à cette personne de permettre de développer son immunité (donc ses moyens de défense), sans tomber malade.

Dans le cas du covid-19, les chercheurs ont décidé de choisir une particule bien précise du virus, un antigène, qui est une protéine du virus. Elle apparaît sur l'image ci-dessous, et donne cet aspect en couronne au virus. C'est cette protéine qui permet au virus d'entrer dans nos cellules.

© Capture d'écran

Si le virus ne peut pas entrer dans notre organisme, il ne peut donc pas faire de dégâts. C'est le principe de ce type de vaccination, également à d'autres types de maladie (comme la grippe).


Lorsque cette "spike" protéine est injectée, que se passe-t-il ?

"On espère, et les premiers résultats le montrent chez les volontaires, que notre système immunitaire va apprendre à réagir contre ces spike-protéines et donc, contre le virus derrière." Deux manières possibles : en créant des anticorps, tout d'abord. Ce sont des protéines qui vont bloquer le virus et l'empêcher d'entrer dans l'organisme. "Par ailleurs, il va aussi entraîner certains de nos globules blancs, des sortes de gendarmes", explique-t-il, "qui sont un facteur important de lutte contre les infections virales et on espère que les vaccins vont aussi induire ce système de défense-là.

Alors, où en sommes-nous dans le développement d'un vaccin ?

Plusieurs vaccins sont arrivés au stade du développement clinique, soit testés chez l'homme. Mais aucun risque n'est pris : même si ces études se sont déroulées plus rapidement que d'habitude, aucun risque n'a été pris quant à la succession des étapes de test.

Pour rappel, les phases sont les suivantes : une première phase permet d'injecter le vaccin sur une dizaine de personnes. Si des effets sont déjà observés, la deuxième phase permet d'inoculer le vaccin à une centaine de personnes. Enfin, la troisième phase permet de voir si les personnes ayant reçu le vaccin sont protégées ou non. Ces études se font sur des dizaines de milliers de personnes. On estime qu'actuellement ces études couvrent 30 000 à 90 000 personnes.


Pour le Dr. Yves Van Laethem, la suspension des essais du vaccin d'AstraZeneca témoigne du sérieux avec lequel ces études sont faites. "Parce que dans toutes les études vaccinales, il existe un comité, indépendant, qui n'a aucun lien avec la firme en question et qui suit les données et les effets secondaires", explique le porte-parole interfédéral. C'est ce comité qui peut donner un signal pour suspendre les études en cas de problème, ce qui a été le cas ici.

A quand un vaccin en Belgique ?

Dans le contexte de la pandémie, une forte collaboration entre les chercheurs, l'industrie pharmaceutique et les agences des médicaments a permis de travailler plus rapidement sur ces vaccins. Si tout va bien, "nous nous attendons à avoir un vaccin en Belgique en mars". D'ici là, "il est fort possible ou probable, que d'autres pays auront eu le vaccin avant, tant en Europe qu'aux Etats-Unis", explique-t-il. "Dans notre pays, c'est du ressort de l'agence fédérale des médicaments et des produits de santé de suivre l'efficacité des vaccins."


Que peut-on espérer de ce vaccin? Ce qui est clair, c'est que la vaccination peut donner soit une protection entière contre la maladie, mais parfois elle peut aussi simplement diminuer la gravité de l'infection. Elle peut aussi permettre d'éviter que nous ne soyons porteurs du virus au niveau de nos voies respiratoires. "Alors est-ce que l'on aura ça? Est-ce qu'on aura tout ça? Nous n'en savons actuellement rien, c'est le but des études en cours". Ces études permettront de savoir la durée de la protection, mais aussi son type.

Qui recevra ce vaccin de manière prioritaire ?

La demande internationale, gigantesque, ne permet pas de recevoir le nombre de doses nécessaires pour vacciner l'entièreté de la population belge dès le mois de mars. Le premier groupe vacciné sera le groupe le plus exposé et qui en a la plus grande nécessité : il s'agit de tout le personnel des soins de santé. Ensuite, les personnes les plus fragiles : personnes âgées de plus de 65 ans, puis personnes entre 45 et 65 ans qui ont des pathologies comme le diabète, de l'hypertension, des insuffisances cardiaques, etc.

D'autres groupes pourront également être définis au fur et à mesure que les connaissances sur le vaccin augmenteront. "Ce qui doit être clair pour tous, c'est que cette vaccination ne sera offerte aux personnes qui n'ont pas de risques particuliers, comme les jeunes adultes, qu'après la vaccination de ces groupes à risque".

En attendant le vaccin, il faut donc continuer d'adopter les gestes barrières et les mesures de distanciation sociale.

Séance de question-réponse

  • On constate une augmentation des nouvelles infections, mais le nombre de tests effectués a également augmenté d'environ 10%. Peut-on imputer l'augmentation du nombre de cas à la hausse du nombre de test ?
  • "Il est clair qu'une partie de l'augmentation des cas est liée à l'augmentation du nombre de tests", comme le montre le pourcentage stable de 2,6% de test positifs par rapport à l'entièreté des tests réalisés. Mais une partie de ces cas est aussi liée aux retours de vacances ou aux mesures moins respectées. "Ce qui est rassurant, c'est que ces tests positifs concernent essentiellement des personnes relativement jeunes, et donc qui sont moins sensibles au virus et moins susceptibles d'avoir une évolution sévère de la maladie

  • Les personnes qui tombent malades sont-elles moins gravement touchées, notamment parce qu'il y a plus de connaissances sur la maladie et son traitement ?
  • Les personnes actuellement malades et hospitalisées sont globalement plus jeunes que les personnes hospitalisées dans la phase du printemps. Elles ont moins de pathologie sous-jacentes. De plus, "nous disposons d'une meilleure connaissance des traitements et de ce qui marche le mieux".

  • En région bruxelloise, il ne reste plus que 3 communes avec une incidence de moins de 50 cas par 100 000 habitants au cours de la période de 7 jours. Près de la moitié ont plus de 75 cas par 100 000 habitants. Peut-on dire que la situation empire dans la région de Bruxelles-Capitale ?
  • Le Dr. Van Laethem a d'abord souligné un point méthodologique : "On ne fonctionne pas avec une période de 7 jours mais bien de 14 jours". La ville de Bruxelles est actuellement au-dessus du seuil rouge, soit au-dessus de 50 cas par 100.000 habitants pour 14 jours, ce qui est le cas pour l'entité.

  • Il est question de la réduction de la durée de la quarantaine. Quels seraient les risques d'une telle mesure ?
  • On sait que lorsque l'on attrape le virus, 95% des gens vont faire les symptômes endéans les 14 jours, s'ils en développent. Yves Van Laethem explique que si l'on raccourcit les 14 jours, on aura par définition perdu une partie des gens qui sont encore porteurs du virus ou qui développent la maladie au jour 12, par exemple. Mais diminuer cette quarantaine permettrait également d'être moins contraignante pour la population et donc, d'améliorer la manière dont les gens vont comprendre et respecter ce genre de mesure. C'est sur base des conseils des scientifiques que les politiques décideront d'un potentiel raccourcissement de la quarantaine.

    © AFP