Ce lundi, Alexander De Croo a organisé une conférence de presse pour aborder la question des stratégies de déconfinement à venir. Il a notamment proposé quatre possibilités sur base de différents graphiques et paramètres. Selon les prévisions, il ne devrait pas y avoir de déconfinement massif avant mai.

Pourtant adepte des modèles prédictifs, Raphaël Jungers, expert en modélisation à l'UCLouvain, n'a pas été convaincu par les démonstrations des chercheurs, parmi lesquels Nicolas Franco, mathématicien de l’UNamur. "Des collègues, avec qui nous échangeons régulièrement à propos de la pandémie, et moi sommes plutôt perplexes", a commencé le chercheur de l'UCLouvain, interrogé par LN24. "Le problème est que nous n'avons la vision que d'un petit groupe d'experts. Et le citoyen ne se rend pas compte qu'un modèle doit être manipulé avec précaution. Car on insère les données que l'on pense représentatives de la maladie. Or, le problème de la modélisation est qu'on ne peut pas tout prendre en compte. Encore plus lorsque les données sont complexes. Du coup, il faut choisir certains paramètres et pas d'autres."

A propos des graphiques présentés ce lundi, Raphaël Jungers a regretté "le manque de clarté" sur les paramètres sélectionnés. "On ne connaît pas les données qui ont été choisies." Ils peuvent donc fausser une modélisation. "On peut tout modéliser mais, plus vous complexifiez les modèles, moins ils vont devenir fiables malheureusement".

Le chercheur de l'UCLouvain a également critiqué les projections de ce lundi, qui n'incluait qu'un scénario de relâchement total des mesures à différentes dates, et a proposé un scénario alternatif. "Après de maintes analyses, ce que nous proposons est de relâcher la pression progressivement dès vendredi. Tout simplement car la diminution du nombre de cas n'est plus la priorité. Commençons sagement, avec beaucoup de précaution. Et ensuite observons la courbe. Je ne dis pas ici que les chiffres n'augmenteront pas. Mais nous ne le savons pas. Réglons cette pandémie au vu de son évolution. Penser qu'il ne faut rien relâcher ou tout relâcher est un simplisme qui trompe le citoyen."

Raphaël Jungers a également émis quelques réserves à propos de Nicolas Franco, le chercheur choisi par le GEMS (le groupe d'experts officiels chargé d'aider les décideurs politiques) pour présenter les projections. "Attention, je ne veux pas le critiquer car il a droit à tout mon respect. Mais on se demande un peu sur quelle base il a été sélectionné. Car depuis le début de la crise, on demande plus de pluralité et d'ouverture. Puis nous constatons que celui qui a été coopté est un des chercheurs francophones les plus alarmistes. (...) Je respecte l'avis de Monsieur Franco, mais il faut avoir à l'esprit que ce n'est qu'un seul point de vue. C'est une réalité parmi d'autres. Or, le problème est plus complexe car, manifestement, l'objectif de ce groupe d'experts est clair: ce sont les 75 hospitalisations (maximum : NDLR) par jour en Belgique." Pour Raphaël Jungers, l'objectif doit changer afin de ne pas mettre à mal la population. "Aujourd'hui, nous devons poursuivre d'autres objectifs que le zéro risque. Et il y en a énormément d'autres: le bien-être, l'Etat de droit, la jeunesse, l'économie, la santé... Actuellement, notre erreur est de ne se focaliser que sur la diminution des cas positifs. Et le citoyen n'a que cette vision comme modèle qui n'est qu'une partie de la réalité."

Cette conférence de presse n'a en tout cas pas rassuré le chercheur. "Je crois que l'on peut clairement parler d'un coup de com pour préparer ce comité de concertation. Surtout pour avertir la population que nous nous dirigeons certainement vers un statu quo ce vendredi à propos des mesures."