Les variants du coronavirus font peser une pression certaine sur les épaules de nos autorités, qui composent avec une situation épidémiologique relativement inédite : alors que l'épidémie rebondit fortement dans de nombreux pays, y compris proches de nous, la Belgique compose actuellement avec des métriques qui restent sous contrôle, fruit (fort probable) des mesures sociales très strictes qui nous été imposées durant les fêtes de fin d'année. Presque le bon élève de la classe, après des mois passés, au jeu bancal de la comparaison chiffrée avec les voisins, à la place du cancre, au fond, près du radiateur.

Ainsi, si les contaminations augmentent de manière nette comparativement à la moyenne des 7 derniers jours (+24%), il faut nuancer fortement puisque le nombre de tests a explosé avec le retour des vacances et la reprise (+61%), que les hospitalisations (marqueur clé pour déterminer le niveau de pression sur nos soignants) continuent à baisser (-7% entre le 8 et le 14 janvier), de même que les occupations en soins intensifs (-4%, pour 346 lits) et les décès, puisque le coronavirus a coûté la vie de 52,9 personnes en moyenne par jour entre le 5 et le 11 janvier, en recul de 17,8%.

Ce bilan, couplé aux débuts de la campagne de vaccination (près de 50.000 Belges vaccinés à la date du 13 janvier, selon le tout neuf rapport officiel de Sciensano), aurait dans d'autres circonstances permis aux Belges de prendre le temps de souffler et de s'autocongratuler. Ce temps, nous ne l'avons pas.

Les variants (britannique, sud-africain), dont la présence en Belgique (comme partout ailleurs dans le monde d'ailleurs) est désormais formellement établie et se révèle de jour en jour plus importante que ce que l'on pensait au départ, assombrissent ce tableau. Et les mesures fermes adoptées en Espagne, au Portugal, aux Pays-Bas, en Allemagne et hier encore en France (couvre-feu partout à partir de 18h) pour y répondre ont, de manière indirecte au moins, un évident impact sur ce que nos autorités s'apprêtent à décider.

S'il n'y a pas eu de comité de concertation dédié à la crise sanitaire cette semaine, celui du vendredi 22 janvier est toujours officiellement planifié. Il n'est pas improbable qu'il soit avancé. Mais ce qui est sûr, c'est que le Premier Ministre Alexander De Croo a demandé au groupe d'experts d'évaluer la situation, et de suggérer des scénarios d'action variés, tenant compte d'une situation sanitaire qui empire, et, même, qui devient carrément hors-de-contrôle. Le but est d'avancer des pistes de plans d'action.

Aggravation : les trois plans des experts détaillés

A ce titre, les experts du GEMS (Marc Van Ranst, Erika Vlieghe, Pierre Va Damme, etc.) avaient déjà mis, la semaine dernière, sur pied trois plans. Que nos confrères du Nieuwsblad ont révélé ce matin.

Le premier, le plan A, correspond peu ou prou à la situation actuelle. Au menu, détaille le Nieuwsblad, qui a eu vent de ces travaux : il s'agit à ce stade de "maintenir les tests obligatoires et la quarantaine", "contrôler le respect du télétravail obligatoire", "s'assurer auprès des parents et enseignants que la quarantaine est également respectée par les enfants", "n'autoriser les activités parascolaires pour les enfants de moins de 12 ans que si elles ont lieu à l'extérieur en limitant le nombre d'enfants par activité'.

Les choses se corsent avec le plan B, qui serait adapté à une situation dégradée, où des mesures plus strictes devraient être prises pour éviter le lockdown total. Dans ce scénario, les écoles restent ouvertes, mais pas les magasins non-essentiels. Le masque devient la norme dès 10 ans et le congé de carnaval est étendu à une durée de deux semaines, pour éviter la multiplication des contacts.

Le plan C évoque le pire des scénarios, avec une flambée épidémique forte et une situation hors-de-contrôle, comme au Royaume-Uni. Dans ce cas de figure, les experts n'inventent rien mais rembobinent jusqu'à la mi-mars 2020 : on retomberait alors en confinement strict, avec, "ultime recours", toutes les écoles fermées et l'ensemble de l'activité à l'arrêt, à l'exception des services essentiels.

Bien entendu, il ne s'agit ici que de recommandations d'experts, soumises à nos entités fédérale et fédérées... avant que l'on sache si le variant britannique était aussi bien implanté. 

Ce sont nos dirigeants qui auront à trancher. Mais à leur avis, les experts insistent sur le fait que dans une "évolution épidémiologique inquiétante", le gouvernement introduit le Plan B "méticuleusement et suffisamment tôt" pour "éviter à tout prix le Plan C".

Le GEMS avait par ailleurs conseillé à nos autorités d'être transparentes sur l'existence de ces trois plans. Il a été décidé de ne pas les évoquer lors du dernier comité de concertation en date.